La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 6 novembre 2019
2 min

Ercole Amante de Cavalli à l'Opéra Comique

Cette semaine, Guillaume Tion était à l'Opéra Comique pour Ercole Amante.

Ercole Amante de Cavalli à l'Opéra Comique
Ercole Amante à l'Opéra Comique, © S. Drion

A l’Opéra-Comique, pour Ercole Amante, Hercule amoureux, opéra baroque de Francesco Cavalli, composé en l’honneur du mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche. Pour la petite histoire, le roi participa au ballet. Des musiques supplémentaires, notamment de Lully, étaient ajoutées et le spectacle atteignait une durée de sept heures. Fort heureusement, cette version sans ballet ne dure que 3h30. Point liminaire pour ceux qui s’interrogent sur la présence d’oeuvres du XVIIe siècle dans le temple de l’opérette : l’Opéra-Comique a aussi la mission de présenter des oeuvres contemporaines et baroques. Il n'y a pas que du Madame Favart salle Favart. Et c’est précisément Valérie Lesort et Christian Hecq, le tandem de metteurs en scène qui avait porté il y a deux ans au Comique la bouffonnerie le Domino noir qui se retrouve en charge de cette énorme machinerie, avec un livret rocambolesque et assez abscons. Pour aller vite, Hercule, qui est marié, veut s’unir à sa bru. Venus le pousse à cette infidélité, Junon s’y oppose. Tout cela passera par des jardins, des mers et les enfers. Cinq actes.

La mise en scène est confrontée au problème des oeuvres baroques. Lequel ? Celui des aria da capo, qui se répètent. A la seconde occurrence il est compliqué de recréer le suspense mis en place lors de l’exposition. Le défi devient : comment combler ces répétitions, comment maintenir une ligne dramatique tendue ? Ici, Lesort et Hecq jouent la carte du sketch. Ils considèrent chaque aria comme une entité spécifique, où s’agitent autour des chanteurs des éléments meublants, comme des plantes, des colonnes à pieds, des personnages secondaires. Il privilégient en sus une lecture littérale du livret. Tout ce qui est écrit est reproduit, comme entrer en scène en chevauchant un paon. Ils injectent aussi ce qui avait fait leur succès pour le Domino noir, une espièglerie scénique où des effets bien sentis peuvent sauver un acte. Ils trimballent avec eux un imaginaire de pop enfantine emballé dans de bons gags avec des monstres en latex. Rapporté au caractère démodé et foisonnant du livret, la mise en scène opère quelque chose, sans toutefois concrétiser et se retranche derrière le second degré pour faire passer l’action.

Dans la fosse, c’est Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion, qu’on adore, qui ressuscitent la magnifique musique de Cavalli. Deux luths, deux harpes, instruments d’époque, diapason baroque mais aussi des effets de spatialisation formidables, aux cuivres et au choeur. Pichon adore ça, il avait déjà déplacé une grosse caisse dans un salon sous la salle l'an dernier pour un Gluck. Il propose aussi ici un orage extraordinaire, vous savez que c’est un jalon du baroque de reproduire musicalement un orage, ici il est génial, avec les vents qui ne jouent pas et tapent sur leur genoux pour simuler la pluie. Quant au plateau, on n’a pas le temps d’en parler mais il est excellent.

Distribution :

  • Nahuel di Pierro, basse
  • Anna Bonitatibus, mezzo-soprano  
  • Giuseppina Bridelli, mezzo-soprano  
  • Francesca Aspromonte, soprano  
  • Krystian Adam, ténor  
  • Eugénie Lefebvre, soprano  
  • Giulia Semenzato, soprano  
  • Luca Tittoto, basse  
  • Ray Chenez, contre-ténor  
  • Dominique Visse, contre-ténor  
  • Choeur et Orchestre, Pygmalion  
  • Direction musicale, Raphaël Pichon

Opéra à écouter le samedi 30 novembre à 20h dans Samedi à l'Opéra de Judith Chaine.

L'équipe de l'émission :