La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 4 mars 2020
2 min

Un voyage d'hiver au Théâtre de l'Athénée

Cette semaine Guillaume Tion a assisté à la représentation du Voyage d'hiver d'après Schubert revisitée par Noëmi Waysfeld et Guillaume de Chassy.

Un voyage d'hiver au Théâtre de l'Athénée
Un Voyage d'Hiver au Théâtre de l'Athénée à Paris, © Antoine Cirou

Guillaume Tion a assisté à un Voyage d’hiver un brin particulier.
Ce cycle de lieder de Franz Schubert pour piano et voix est le plus célèbre et le plus fascinant de tous. On aime la Belle Meunière, avec ses descriptions romantiques de la nature et de l’amour. On est secoué par le Voyage, succession de poèmes de Wilhelm Muller qui conduisent strophe à strophe vers la mort.

Ce Voyage présenté à l’Athénée jusqu’au 7 mars multiplie les originalités.
Déjà le pianiste est un jazzeux, Guillaume de Chassy. Il prend avec l’oeuvre quelques libertés, bienvenues pour l’angle du spectacle. En effet il enrobe certains lieder, il joue à même les cordes de son piano par ailleurs amplifié, il recherche une expressivité dans la noirceur assez agréable.
Autre originalité, l’oeuvre est mise en scène. Ce n’est pas la première fois : William Kentridge avait déjà mis en scène un Voyage à Aix en 2014, chanté par Matthias Goerne.
Traditionnellement, les lieder imposent un certain formalisme, avec un interprète plutôt statique à côté du piano. Ici, tout change.
On a droit à des projections vidéo, une bâche en plastique, des déplacements sur la scène, sous le piano…
Et puis, surtout, dans cette production, l’interprète n’est pas un homme, mais une femme, Noëmi Waysfeld, qui d’ordinaire chante du klezmer.
D’autres chanteuses se sont emparées de ces lieder, qui sont très souvent transposés, telle que la mezzo Christa Ludwig, par exemple.
Ici, Noëmi Waysfeld, amplifiée elle aussi, chante mais joue aussi ces lieders.
Parce que Schubert et Muller ne sont pas seuls. Le duo Waysfeld - Chassy leur a adjoint la toujours désopilante auteure Elfriede Jelinek, avec un florilège de textes sur la mort.

Toutes ces originalités pas si originales mises bout à bout font vivre un Schubert 2.0 ou 3D voire nouvelle formule. Un Voyage différent, assez stylé et décalé qu inspire deux réflexions.
La première, c’est que ces temps-ci, Schubert est souvent prétexte à autre chose. On a vu des Schubertiades au Théâtre de l’Aquarium en janvier, qui exhumaient l’ambiance amicale des réunions chez le compositeur, avec lectures de poèmes. On découvre ici un Voyage amplifié et colmaté avec du Jelinek…
En 2020 Schubert ne se joue plus seul, il est devenu une marque. Une marque de beauté, de désespoir. Deuxième réflexion. Le Voyage est une oeuvre profondément optimiste, on le comprend dans ce spectacle. Jelinek évoque la mort qui nous rattrapera tous, la fin inatteignable mais nos âmes vibrent davantage aux vers de Müller, qui bien que désespéré nous explique dans le Tilleul que d’ici là on pourra toujours graver sur son écorce des mots d’amour.

A voir au Théâtre de l'Athénée du 28 février au 07 mars 2020.

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