La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Jeudi 19 décembre 2019
2 min

Fortunio de Messager à l'Opéra Comique à Paris

Aujourd'hui, retour de spectacle sur la production signée Denis Podalydès de Fortunio d'André Messager donnée à l'Opéra Comique du 12 au 22 décembre 2019.

Fortunio de Messager à l'Opéra Comique à Paris
Fortunio à l'Opéra Comique, © Stefan Brion

J'ai assisté à la reprise de Fortunio. Reprise de longue haleine puisque le spectacle, dans cette mise en scène de Denis Podalydès, a été créé en décembre 2009. Il revient donc dix ans après, toujours dirigé par Louis Langrée, et toujours salle Favart où il a été créé en 1907.

Qu’est-ce que ce Fortunio ? 

Un spectacle délirant à bien des égards. Tout d’abord la musique d’André Messager, ancien directeur musical de l’Opéra-Comique, mais aussi organiste à Saint-Sulpice, additionne un nombre considérable de styles et ne cesse de voguer de l’un à l’autre. Le tissu musical est un patchwork de petits motifs, si couturé et qui colle tellement aux intentions du livret adapté de Musset qu’on se demande parfois s’il y a de la musique. Ceci est un compliment.

D’habitude la musique se hausse du col pour se faire remarquer, ici elle s’efface derrière son propos, lui aussi complètement fou.
Imaginez. Une histoire d’inceste. Une jeune femme mariée à un vieux notaire, elle le trompe avec un militaire. Les amants ont besoin d’un alibi : ce sera Fortunio, un clerc, qui tiendra la chandelle. Voilà la première partie, dans le registre buffa.

Dans la seconde, tout s’inverse. Fortunio, amoureux de la femme du notaire, fait valoir sa fibre romantique extrême, à laquelle elle succombe et voilà l’histoire au coeur gros naviguant sur les crêtes des tourments de l’âme et les flots des torrents de larmes. Que celui qui n’a jamais aimé lui jette le premier mouchoir. C’est le vif de l’amour que nous fait ressentir cette oeuvre.

Signalons ici une distribution éclatante, avec un trio masculin très en forme : Franck Leguérinel, Jean-Sébastien Bou et surtout Cyrille Dubois, qui campe un Fortunio exalté. Ainsi que la soprano Anne-Catherine Gillet qui se sort remarquablement de sa performance.
Le tout dans une mise en scène en tact et retenue de Denis Podalydès.

Il faut donc y aller ! Il reste deux dates, vendredi et dimanche ! Et malgré les difficultés de transport, n’oubliez pas de sortir. Le spectacle vivant, c’est aussi vous. Les salles souffrent, la fréquentation est en baisse générale de 30%. C’est le moment de montrer qu’on n’a pas besoin de métro pour aller au théâtre.

Distribution :

Direction musicale, Louis Langrée
Mise en scène, Denis Podalydès
Avec Cyrille Dubois, Anne-Catherine Gillet, Franck Leguérinel, Jean-Sébastien Bou, Philippe-Nicolas Martin, Thomas Dear, Aliénor Feix, Luc Bertin-Hugault
Choeur Les Eléments
Orchestre des Champs-Élysées

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