La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Jeudi 9 janvier 2020
2 min

Fosse au Centre Pompidou

Cette semaine, Guillaume Tion s'est rendu au niveau -1 du parking du Centre Pompidou, pour découvrir une performance qui sera donnée ce week-end : Fosse.

Fosse au Centre Pompidou
Le Centre Pompidou, © Getty / Yann Guichaoua - Photos

Il y a quatre ans, l’Opéra Comique avait sollicité le plasticien Christian Boltanski, le scénographe Jan Kalman et le compositeur Franck Krawczyk pour Pleine Nuit, une déambulation fantomatique dans la salle Favart qui à l’époque était en travaux. Cette année, dans le cadre de Faire son temps, la rétrospective Boltanski à Pompidou, le trio remet le couvert en partenariat avec le Comique pour cette performance souterraine. 

De quoi s’agit-il ? D’investir un lieu inhabitable acoustiquement. Une chape de béton de 3000m², des voitures, des vidéos et 500 spectateurs qui se promènent entourés de 13 violoncelles, 6 pianos, 3 guitares électriques et deux percus, sans oublier le choeur Accentus et la soprano Karine Vourc’h. 

Quelle est la place du son dans tout ça ? C’est l’intérêt : il sera où vous le voudrez. Dans ce sous-sol où les artistes et le public se mélangent, chacun créé sa propre spatialisation en déambulant à la lumière des phares. Tantôt proche des violoncelles, tantôt près d’un chanteur, tantôt à l’écart de tout. 

Et puis, pas d'histoire : cette heure de musique, interprétée trois fois de 19 à 22 heures de vendredi à dimanche prochain, propose des bribes d’histoires, ou plutôt des états, comme nous le disait Krawczyk. Chacun se raconte ce qu’il veut. Pour lui, par exemple, cette Fosse est assimilée aux limbes où musiciens et spectateurs sont autant d’Orphée à la recherche de leur Eurydice. Mais le livret du spectacle, c’est le lieu, et le piège qu’il propose. Et puis Krawczyk s’amuse aussi à un jeu musico-spatial. Il applique des distances aux intervalles : deux guitares qui jouent une note espacée d’un demi-ton sont distantes de 100 mètres, par exemple. Pour une tierce, ce sera 25 m. Je vous entends dire “ça ne sert à rien”, mais laisser reposer des voitures pendant des heures dans un garage ne sert à rien non plus sur le plan artistique. Il était temps que le monde lyrique s’approprie ces souterrains incultes. Dans quatre ans, les catacombes !

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