La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Jeudi 26 septembre 2019
5 min

Retour de spectacle : Les Contes d'Hoffmann à l'Opéra de Bordeaux

Retour sur les Contes d'Hoffmann d'Offenbach à Bordeaux, sur une mise en scène de Vincent Huguet, et Marc Minkowski à la direction.

Retour de spectacle : Les Contes d'Hoffmann à l'Opéra de Bordeaux
Les Contes d'Hoffmann à l'Opéra de Bordeaux, © E. Bouloumié

C’est maintenant la troisième année que Marc Minkowski, chef et directeur de l’opéra, ouvre la saison avec des oeuvres de celui qu’on surnommait le Mozart des Champs-Elysées : il y eut la Vie parisienne, la Périchole et aujourd’hui, il s’attaque aux Contes d’Hoffmann. Les Contes d’Hoffmann, opéra posthume d’Offenbach, met en scène trois histoires tirées de l’oeuvre fantastique d’ETA Hoffmann. Et c’est la figure-même de l’écrivain qui passe d’une histoire à l’autre, d’une aventure à l’autre, car chacune est construite autour d’une femme qu’il a connue, aimée et qui finit en drame. Toutes ces femmes, au fond, n’en composent qu’une seule : c’est la soprano Stella, qui chante Don Giovanni dans la pièce d’à coté. 

Mise en abîme sur mise en abîme 

D’ailleurs, Hoffmann en joue puisque ces femmes sont autant chair qu’illusion, automate ou fantôme et que le héros perd son reflet. C’est une oeuvre de coulisse, on est à la fois sur scène et à l’extérieur, entre la vérité et l'illusion. Mais ce n’est pas tout : ce caractère sombre et original a aussi éclaboussé l’histoire de l’oeuvre, dont on ne compte plus le nombre de versions puisque notamment posthume, et qui est décrite comme maudite. A l’époque de sa création, en 1881, les deux opéras qui le produisaient ont été détruits par des incendies. 

Une mise en scène de Vincent Huguet

La mise en scène est assurée par Vincent Huguet, un habitué de la maison, qui avait déjà travaillé sur la Vie parisienne. Autour d’une scénographie assez imposante et modulaire, faite d’escalier et de portes monumentales, qui représente le théâtre de Bordeaux, Huguet joue le classicisme. Il ne réinvente pas, mais dépoussière, au risque de produire une mise en scène un peu sage. Il a choisi son camp, celui du vin raisonnable. 

Alors que le plateau, lui, est complètement déraisonnable. Une soprano pour trois rôles, chacun avec ses caractéristiques, du comique au tragique, formidablement interprétés par l’Américaine Jessica Pratt. La distribution bordelaise est très homogène : du ténor britannique Adam Smith en bonne forme, à Aude Extremo dans la muse en passant par Marc Mauillon, toujours superbe en joker, le spectacle tient facilement ses trois heures. Mais l’important était ailleurs…dans la fosse ! Marc Minkowski et l’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine ont marché main dans la main pour nous servir un idéal de cru offenbachien. 

Les nombreux toasts présents dans cet opéra ont aussi permis de célébrer cette belle interprétation, pleine d’envie et de sérieux menée par le chef et son orchestre, car comme vous le savez, on ne joue pas Offenbach en faisant du ploum ploum, il faut aussi respecter sa fragilité !

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