La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 8 janvier 2021
2 min

Réalisateur de captations : un métier énigmatique

Suite aux annonces de Jean Castex de ne pas rouvrir les salles de spectacles, le streaming reste toujours l'unique moyen pour voir un opéra en France. Le réalisateur qui filme ces captations numériques est un véritable metteur en scène. Retour sur ce métier de l'ombre...

Réalisateur de captations : un métier énigmatique
Illustration d'une production réalisée par Guillaume Klein. "Réalisateur de captations : un métier énigmatique", © Guillaume Klein, Réalisateur

Lorsque l'on réalise une captation d'un spectacle, il faut alors réfléchir à comment mettre en scène une mise en scène. Plusieurs questions se posent : où commence le théâtre, où finit le cinéma, tel plan appartient-il à la captation ou n’est-il qu’un reflet de la scène.. ? Ce territoire mouvant comporte des reliefs imprécis que nous allons décortiquer avec un ponte de la captation, François Roussillon.
François Roussillon exerce depuis une vingtaine d’années, à raison de huit à dix captations par an. Dernièrement, il a filmé Hansel et Gretal à l’Opéra de Strasbourg, Hippolyte et Aricie à l’Opéra-Comique, et s’apprête à remettre le couvert salle Favart pour Titon et l’Aurore.
Généralement, les metteurs en scène sont focalisés dans leur travail avec les chanteurs et ne participent pas au découpage filmique de la captation. Ils estiment, à raison, que leur lieu et objet, c’est le théâtre, pas la vidéo. Leur travail n’est pas pensé pour la caméra. Comment agit alors le metteur en image ?
Première chose, il observe la façon dont le metteur en scène travaille avec les interprètes. Puis il discute des intentions, de la vision que ce dernier a de l’ouvrage, des personnages et de l’intrigue. François Roussillon explique alors qu’une attention sélective se porte sur certains éléments du spectacle, ce qui va le conduire à les privilégier.

François Roussillon n’a qu’une règle : le respect du travail du metteur en scène. Pour ce faire, il va jouer sur deux axes : laisser entendre ce qu’est le spectacle tel qu’on le verrait dans la salle, c’est-à-dire parvenir à rendre la respiration scénique qui fait le spectacle, puis suivre une narration filmique qui épouse les propositions du metteur en scène. Sans oublier la fidélité à l’esthétique et au mouvement. Comme il le dit, il peut être plus important de voir un basculement de lumière sur le plateau que de se focaliser sur un visage. C’est comme choisir un mot ou le sens de la phrase.

Comment devenir réalisateur de captations ?

François Roussillon vient d’une famille de médecin et a lui-même fait médecine, mais il aurait été selon lui un piètre praticien. Il a donc privilégié ses passions, c’est-à-dire l’opéra et la musique, bercé par le souvenir enfant de captation des productions du festival d’Aix qui passaient à la télé. Mais aussi par le cinéma, en squattant dès son adolescence les fauteuils de la cinémathèque et en s’émerveillant du travail d’Eisenstein.
Il a monté à la fin des années 80 une société de production avec des passionnés d’opéra et a bénéficié de l’essor des chaînes câblées, notamment TV5 où il proposait une hebdomadaire musicale qui a été remarquée et qui l’a poussé à réaliser des documentaires.

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