La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 29 janvier 2021
2 min

Pourquoi les directeurs d'opéra continuent-ils de maintenir des spectacles ?

En ces temps troublés, où les salles de spectacles n'ont aucune perspective d'avenir, les directeurs des maisons lyriques font quand même le choix de maintenir des spectacles à présenter en ligne. Mais comment s'en sortent-ils économiquement ?

Pourquoi les directeurs d'opéra continuent-ils de maintenir des spectacles ?
La salle de l'Opéra Comique à Paris quelques minutes avant le début de la captation d'Hippolyte et Aricie de Rameau en novembre 2020

Quand la préparation d’une production d’opéra prend plusieurs semaines, à partir de quand les directeurs prennent-ils le risque de maintenir des spectacles ? Il existe plusieurs paramètres.
Il faut déjà savoir que les opéras sont des établissements subventionnés qui dans le meilleur des mondes à quelques exceptions près, bénéficient de ce qu’on appelle le théâtre en ordre de marche, c’est-à-dire que leurs subventions couvrent leurs frais structurels. S’ils ne proposent pas de spectacle, ils ne perdent pas d’argent. Ils pourraient donc ne rien produire et mettre leur personnel en chômage partiel. Pourtant les directeurs ont programmé des saisons, qui leur sont chères car elles racontent leur vision de l’opéra, qui sont trouées par les couvre-feu, qui sont aussi augmentées de spectacles déprogrammés lors des premiers confinements et qu’il faut bien épurer.
Et puis, il y a quand même des missions de service public à remplir. Ainsi, les directeurs cherchent à produire, même sans spectateurs, donc sans billetterie, sans argent, mais avec la certitude du risque.

C’est alors que survient la clé des nouveaux modes de production: la diffusion. Tant qu’il peut s’assurer une diffusion, le directeur de théâtre n’hésite pas: il produit, même à huis clos, sans public et sans billetterie. Cette diffusion, c’est par exemple France Musique qui va mettre en onde un opéra, ce sont aussi les captations vidéos qui passeront ensuite sur des chaînes.

Mais ça coûte cher d’organiser une captation. Cela augmente au contraire le budget du spectacle. L’interaction est à double sens: le directeur débourse de l’argent pour capter le spectacle mais il en perçoit aussi pour financer son spectacle en vendant les droits de diffusion.
Bien-sûr, ce n’est pas suffisant. C’est alors qu’interviennent les aides extérieures. Le mécénat qui fonctionne ces temps-ci en sous-régime mais persiste néanmoins sur des projets, même en streaming ou pour accompagner certaines maisons. Il y a aussi les nouvelles aides du plan de relance pour la Culture, notamment le Programme Diffusions Alternatives, qui permet aux institutions de toucher jusqu’à 150 000 euros pour des captations.

C’est précisément ce qui a permis à l’Opéra de Rouen de mettre sur pied la reprise de Pelléas et Mélisande, diffusée sur une chaîne régionale, ou qui incite l’Opéra-Comique à maintenir sa nouvelle production Titon et l’Aurore, diffusée sur Mezzo.
Sans les aides à la diffusion, plus de spectacle vivant donc ! Le spectacle vivant se rapproche pas à pas des modes de financement du cinéma. Comme les films, ils ne peuvent être produits que s’ils sont assurés d’avoir une fenêtre de tir télévisuelle.
Évidemment quand le directeur d’opéra voit que c’est la vidéo sur des modes de financement cinéma qui le sauvent, je vous assure qu’il en a ras le bol et trépigne de retrouver son public et ses calculs de billetteries.

L'équipe de l'émission :