La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 15 janvier 2021
2 min

Pelléas et Mélisande en streaming depuis l'Opéra de Rouen

Alors que Pelléas et Mélisande sera retransmis en direct mardi 26 Janvier à 20h sur les réseaux sociaux et le site de l’Opéra de Rouen Normandie, Guillaume Tion tente de percer les mystères de la musique de Debussy avec la mezzo-soprano Adèle Charvet.

Pelléas et Mélisande en streaming depuis l'Opéra de Rouen
Adèle Charvet nous dit tout sur le rôle de rôle Mélisande qu'elle interprétera sur la scène de l'Opéra de Rouen le 26 janvier en direct en streaming, © Alpha Classics

L'Opéra de Rouen présente une reprise de la mise en scène de Pelléas et Melisande d’Eric Ruf qu’on a pu voir il y a quelques années au Théâtre des Champs-Elysées avec Patricia Petibon. Cette production sera retransmise le 26 janvier en streaming. La mezzo-soprano Adèle Charvet a échangé sa chevelure brune contre une longue perruque rousse pour incarner le rôle de Mélisande.
"C’est le challenge des reprises : on saute dans le costume de quelqu’un d’autre", explique Adèle Charvet. "Il faut maîtriser ce qui a été pensé pour une autre chanteuse, en très peu de temps puisque la mise en scène est déjà créée, tout en essayant d’apporter quelque chose qui vienne de soi, comme la façon de se mouvoir, ou de dire le texte".
Tout oppose Patricia Petibon et Adèle Charvet, il n’y a pas que la couleur des cheveux, physiquement, vocalement et sur la singularité de leur jeu, elles sont différentes. Patricia Petibon est une soprano au timbre clair, Adèle Charvet est une mezzo, légère mais mezzo quand même.

Le rôle convient aux deux registres, ce qui ajoute encore un peu de flou à ce personnage dont on ne sait que très peu du passé tourmenté. La caractéristique essentielle de Mélisande n’est pas qui peut la chanter, puisque l’ambitus n’est pas si abyssal, mais comment la chanter ?

Qui est vraiment Mélisande ?

Nous nous trouvons alors face à un double dilemme. Le premier: qui est-elle ? Soeur d’Ariane, l’une des femmes évadées de Barbe-Bleue. Pour Adèle Charvet, c’est un personnage qu’on découvre paniqué, le fameux “ne me touchez pas, ne me touchez pas…” qui n’a plus conscience du temps depuis sa fuite. Elle a davantage de caractère qu’on veut bien le croire: elle ne dit pas toujours la vérité, elle est manipulatrice tout en étant dépassée par les événements. Il n’y a pas de préméditation chez elle. Alors, Mélisande: ingénue dépressive ou survivante rusée ?

Il y a aussi la façon d’interpréter le rôle. Debussy a créé un parlé-chanté quasiment sans descendance, très particulier dans la façon dont le livret flirte avec la musique, s’en approche et s’en éloigne, comme si les deux étaient atteints de basorexie (lorsque l'on a envie de donner un baiser). C’est ce qui fait bouillir cette oeuvre, le flux et reflux quasi charnel de la mélodie.
Du coup, Adèle Charvet se permet d’aborder le rôle grâce précisément à son passé de chanteuse de mélodie française. "Mélisande c’est une mélodie géante avec un haut parleur", explique-t-elle. "Ce n’est pas du Rossini où il faut faire attention à sa technique, et j’ai plutôt travaillé la déclamation que le chant".

Dernier point : c’est la première fois que la mezzo meurt sur une scène. "C’est pas rien", dit-elle. Et elle n’a qu’une hâte: que ce rôle l’accompagne dans sa carrière tant elle aimerait l’étoffer avec ce qu’elle y apporte et approfondir ce qu’elle en découvre. C’est aussi ce que les auditeurs ressentent: quand ils sont émus par Mélisande, c’est pour la vie. L’amour est un mystère...

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