La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Jeudi 30 janvier 2020
2 min

Parsifal de Wagner au Théâtre du Capitole de Toulouse

Parsifal de Wagner au Théâtre du Capitole de Toulouse
Parsifal mis en scène par Aurélien Bory à Toulouse, © Cosimo Mirco Magliocca

Guillaume Tion était à Toulouse, au théâtre du Capitole, où il a assisté à une nouvelle production du dernier festival scénique sacré de Richard Wagner, c'est-à-dire Parsifal. Notons qu'un autre Parsifal se donne actuellement à l'Opéra national du Rhin. L'oeuvre est à la mode.

A Toulouse, Parsifal joue à domicile. L'oeuvre a été créée à Bayreuth en 1882 mais elle a pour décor les Pyrénées où vit la confrérie du Graal. On passera sur l'intrigue si intriquée qu’elle nécessite à elle seule deux heures de description sur les quatre heures et quart de spectacle. Pour simplifier, Parsifal parle de faiblesse humaine, de père absent, de sacrifice et de rédemption.

Ici les quatre voix principales étincellent. Nikolai Shukoff en Parsifal, Peter Rose en Gurnemanz et l'indétrônable baryton Matthias Goerne en Amfortas assurent superbement dans des personnages où ils ont l'avantage de l'expérience. Ils entourent une novice dans le rôle de Kundry, Sophie Koch, qu'on avait peu vu depuis la mandature de Nicolas Joel à l'Opéra de Paris, et dont le timbre est resté dans l'oreille de Christophe Ghristi, aujourd'hui directeur du Capitole. La première Kundry de Sophie Koch est formidable.

Inconditionnels de Wagner, bouchez-vous les oreilles. Pour ceux qui ne sont pas fascinés par les volcans qui éruptent au ralenti, il faut une certaine résilience pour supporter les longues scènes dévolues aux sopranos wagnériennes, des sopranos dramatiques qui n'ont pas atteint leur but tant que leur tripes n'atterrissent pas sur le nez de scène. Et bien Koch parvient, en plus de sa technique imparable, à donner une belle humanité à cette pauvre Kundry malmenée par le sort et par Klingsor. Distribution impeccable donc.

L'Orchestre du Capitole, formation brillante, éduquée par Michel Plasson, transformée par Tugan Sokhiev, aussi à l'aise dans le classique que le lyrique était dirigée par le chef allemand Frank Beermann, un wagnérien rare en France et dont la battue solennelle s'accommode bien à l'oeuvre et à la mise en scène.

La mise en scène d’Aurélien Bory a choisi la solennité de l'épure, au risque de tomber dans un symbolisme sec (et non sexe, comme Guillaume Tion l'avait écrit par erreur, mais le lapsus est bien là en réalité). Toute la dimension charnelle et puissamment humaine du livret est ici éclipsée. Bory, élégant et attiré par une forme de sacré qu'il trouve dans des jeux de signes et des effets de lumière bluffants, désincarne le plateau. Son Graal et sa forêt ouvrent la voie à de solide représentations esthétiques, mais ne contiennent que très peu de sang et de sève, ce que l’on peut regretter.

Distribution

Direction musicale : Frank Beermann
Mise en scène : Aurélien Bory
Scénographie : Aurélien Bory, Pierre Dequivre
Costumes : Manuela Agnesini
Lumières : Arno Veyrat
Parsifal : Nikolai Schukoff
Avec Sophie Koch, Peter Rose, Matthias Goerne, Pierre-Yves Pruvot, Julien Véronèse, Andreea Soare, Marion Tassou, Adèle Charvet, Elena Poesina, Céline Laborie, Juliette Mars, Kristofer Lundin, Yuri Kissin, Enguerrand de Hys et François Almuzara.
Orchestre national du Capitole
Chœur et Maîtrise du Capitole  
Chœur de l'Opéra national de Montpellier-Occitanie

Vous pourrez retrouver Parsifal à l'écoute sur France Musique le 29 février dans Samedi à l'Opéra.

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