La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 13 septembre 2019
2 min

Retour de spectacle : Einstein on the Beach au Grand Théâtre de Genève

Guillaume Tion a assisté à la première représentation de la nouvelle production d'Einstein on the Beach au Grand Théâtre de Genève.

Retour de spectacle : Einstein on the Beach au Grand Théâtre de Genève
Einstein on the Beach à Genève, © Carole Parodi

Einstein on the Beach, opéra de Philip Glass et Robert Wilson, nouvelle production donnée du 13 au 18 septembre.

Daniele Finzi Pasca, mise en scène
La Compagnie Finzi Pasca
Einstein-Ensemble
Direction, Titus Engel

Cette nouvelle production d'Einstein on the Beach ouvre la saison du Grand Théâtre de Genève, ainsi que la mandature de son nouveau directeur, Aviel Cahn, jadis à la tête de l'Opéra des Flandres. Quand on dit Einstein on the Beach, on pense tout de suite au tandem Bob Wilson - Philip Glass. L'oeuvre est collaborative, et il est difficile d’aborder le spectacle sans avoir dans l’œil les éléments de la grammaire wilsonienne, le soleil mort sous la scène, les maquillages blafards. Mais à Genève, la mise en scène change, l’Italien Daniele Finzi Pasca repart de zéro et doit réillustrer ces quatre heures de musique répétitive.

Autant dire que le metteur en scène a eu recours à tout-ce-que-le-théâtre-peut pour remplir ces quatre heures non narratives : des néons, des drapeaux géants, des armoires disproportionnées, un cheval, un bassin, des cerceaux, des costumes de toreros, des vélos, des ballons, des jeux d'ombre... avec une manie du trompe-l’œil et une prééminence du hasard - nous parlons d’Einstein et ne sommes pas loin du Cern, ne l’oubliez pas.

La force d'une œuvre pareille, c'est de tout escamoter. Le temps est aboli, mais le jugement aussi : à partir de quand peut-on estimer qu'un événement qui a vocation à se répéter est trop long ou trop court ? Il faut donc considérer Einstein sous l'angle de l'expérience. De la transe, de la grand-messe. Et cette expérience est réussie. Dans la fosse, les jeunes musiciens et choristes sont extrêmement motivés. Sur le plateau, la puissance collective est visible, même si toutes les idées de mise en scène ne sont pas foudroyantes. Et dans la salle, l’hypnose fonctionne. C’est-à-dire que, passé un certain laps de temps, le spectateur aspiré par les spirales de musique et les mouvements des protagonistes se retrouve dans une dimension où la veille, le sommeil, la vie, la mort, le bien, le mal, tout cela devient totalement relatif. C’est une certaine forme de sagesse que l’on tire de cette expérience genevoise.

Cette production sera donnée au Festival Musica le vendredi 27 septembre 2019 au Palais de la musique et des congrès, salle Erasme.

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