La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 18 décembre 2020
2 min

Le métier de scénographe à l'opéra : faire ressortir des images de la partition

Guillaume Tion est allé à Strasbourg, en plein cœur du Noël alsacien pour nous parler d'une nouvelle production de l'Opéra national du Rhin, Hänsel et Gretel, qui sera diffusée le 30 décembre sur les chaînes régionales puis en streaming. L'occasion d'en savoir plus sur le métier de scénographe.

Le métier de scénographe à l'opéra : faire ressortir des images de la partition
La nouvelle production d'Hansel et Gretel à l'Opéra national du Rhin à voir le 30 décembre à la télévision et sur internet

Nous allons nous intéresser au métier de scénographe grâce à Pierre-Emmanuel Rousseau. En l’occurrence un scénographe à triple casquette puisqu’il est aussi metteur en scène et costumier.
Alors on va oublier tout ce qu'on a pu voir sur scène en termes de plateau tournant, de dispositifs en escalier ou de façade d'immeubles sans façade. Repensons avec Rousseau ce qu'est la scénographie. Il s'agit simplement de "définir un bon espace de jeu, dans tous les sens du terme, c'est-à-dire favorable à l’interprétation et transformable. Prendre garde à ne pas étouffer les chanteurs par des décors mastoc, car ce sont eux que nous servons".
C'est d’espace qu’il s’agit, de volumes, même si ce n'est qu'un plateau nu. Car oui, un plateau nu est déjà une construction. Ne pas avoir de style est déjà un style écrivait Jean-Patrick Manchette, ce qui nous éloigne de l'opéra.

Une scénographie inquiétante mais réussie

Pour cette production, l'enjeu est double : définir une forêt et saisir une sorcière dans son élément. Rousseau a joué le contre-pied. Sa forêt devient une dalle de béton : "un lieu effrayant et sans repères, peut-être pire qu'une forêt", précise-t-il. Sa sorcière, jouée par le ténor Spencer Lang, se distingue par sa beauté vénéneuse en sosie de Marlene Dietrich, loin des clichés de la bossue repoussante à la verrue sur le nez.

Une sorcière Marlene Dietrich chantée par un ténor, on est loin du conte pour enfants... Peut-être parce qu'Hansel et Gretel est plus qu'un conte pour enfants. L'image qui a servi de déclic à Rousseau est un cliché de Raymond Depardon sur les bidonvilles de Glasgow dans les années 70. Et à la façon dont il parle de son spectacle, on ressent une certaine commisération pour le rôle de la mère, figure de la misère sociale besogneuse, "fatiguée à en mourir" comme elle l'explique et qui chasse ses enfants au terme d'une journée de trop.

Concernant le voyage initiatique de la fratrie, Rousseau a organisé une succession de cauchemars avec des scénographies variées et mobiles en faisant ressortir le sous-texte sexuel. L'un des atouts de cette production est de parvenir à créer sur scène, notamment par un détournement des codes enfantins, une inquiétante étrangeté très réussie.

La musique, fil conducteur de la scénographie

Ses scénographies trouvent aussi leur source dans la musique. Violoniste de formation, Rousseau saisit dans la partition des images et des contrastes qui vont l'amener de fil en aiguille à représenter l'horreur du troisième acte, la tanière de la sorcière.

Après des années de conservatoire, il raconte avoir obtenu son diplôme de violon davantage par assiduité que par ses talents de musicien. Ce qui le passionne, c'est la scène, au point qu'à 16 ans, en montrant des dessins de productions imaginaires, il a décroché une place de second assistant à l'Opéra de Rouen. Puis il est passé par l'école du Louvre, la fac de Censier et s'est retrouvé assistant maison du TNS sous la mandature de Stéphane Braunschweig, où il a notamment appris le travail sur le texte. Depuis, un jour Hansel, un jour Gretel, il s'avance seul dans la grande forêt du lyrique. Confinée, dangereuse, mais enchantée.

La nouvelle production d'Hansel et Gretel à voir à partir du 30 décembre sur les chaînes régionales mais aussi via les Live Box.

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