La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 11 décembre 2020
2 min

Le métier de chef de chant : un rôle essentiel à l'opéra

Guillaume Tion lève le voile sur un métier peu connu du grand public mais qui est pourtant un allié de taille pour les chanteurs sur une production lyrique. Rencontre avec Nicolas Chesneau, chef de chant sur la production de La Dame Blanche, donnée à l'Opéra de Rennes et diffusée en streaming.

Le métier de chef de chant : un rôle essentiel à l'opéra
Le métier de chef de chant à l'opéra est important pour les chanteurs. Il les accompagne durant toute la production : des répétitions aux représentations, © Getty / thelinke

Guillaume Tion a rencontré un artiste qui occupe une place méconnue mais essentielle dans la fabrication d’un opéra : à savoir le chef de chant. Nicolas Chesneau, ce chef de chant, officie sur une nouvelle production de La Dame Blanche, l’opéra de François-Adrien Boieldieu, qui sera donné par l’Opéra de Rennes ce vendredi 11 décembre, en streaming gratuit à partir de 19h30.

Alors à quoi sert cet intrigant personnage ? Disséquons-le. Un chef de chant est tout d’abord un pianiste, qui accompagne les chanteurs pendant toutes les répétitions et les fait travailler. C’est-à-dire qu’il surveille leur justesse, leur diction, et qu'il vérifie qu’ils ne s’écartent pas de ce qui a été décidé avec le directeur musical au cours des séances préparatoires avec les solistes qu’on appelle les musicales.
Parenthèse, pour cette production, le maestro, Nicolas Simon, dirigera l’Orchestre des Siècles, sur instruments d’époque, en l’occurrence 1830. Nicolas Chesneau résume donc ainsi son métier : “Nous sommes la conscience des chanteurs, on leur rappelle l’exactitude de la partition. Mais nous les aiguillons aussi dans la recherche de couleurs vocales et sur l’interprétation, car ce que l’on entend dans notre oreille quand on chante n’est pas ce que le spectateur entend dans la salle.” Quand elle est ouverte évidemment...

Un chef de chant est bien plus qu'un coach vocal. Il joue aussi un rôle de médiateur entre les chanteurs et le metteur en scène. C’est lui qui le sensibilise, en l’occurrence la sensibilise car il s’agit de Louise Vignaud, sur les vicissitudes de l’état d’interprète. Par exemple, Nicolas Chesneau nous explique qu'à certains moments de l’opéra les chanteurs sont obligés de regarder le chef, donc de donner des coups d’oeil à la fosse, ou encore si un personnage est placé en fond de plateau, la situation est plus compliquée pour lui, il entend moins l’orchestre et sa projection doit être plus forte, sachant que le metteur en scène, qui a rarement chanté devant du public, ne se rend pas forcément compte.

Nicolas Chesneau envisageait une carrière de pianiste. On peut penser que les chef de chants sont de piètres instrumentistes alors qu’ils doivent au contraire être solides. N'oublions pas que ce sont à eux de faire la générale piano avec 2h30 de réduction d’opéra à interpréter. Et puis il a réorienté sa carrière à cause de son penchant pour le théâtre, la littérature et la poésie. La passion du texte s’est hissée à la hauteur de son amour pour la musique.
Ce métier de chef de chant, qui réunit plusieurs univers, se rapproche aussi de sa fascination pour un art total, comme peut l’être l’opéra quand il se respecte. Nicolas Chesneau a aussi pratiqué la direction d’orchestre et a pris des cours de chant pour pouvoir développer son empathie à l’égard des chanteurs. Un artiste total, donc.

Quelles sont les difficultés pour le chef de chant sur La Dame Blanche ?

La Dame Blanche est une oeuvre rare. Nicolas Chesneau constate : “Personne n’a cet opéra dans l’oreille, personne n’a de recul. Ce n’est pas une oeuvre de répertoire, il existe très peu d’enregistrements. Le challenge consistait à rechercher une légèreté rossinienne car c’est un opéra comique, associée aux couleurs de la langue française, mais aussi intégrer du fantastique dans les voix tout en gardant leur intensité, car c’est une oeuvre qui préfigure le romantisme et possède ses passages sombres.” Tout cela nous fait une tambouille bien composite, à l’image de notre chef de chant toujours un peu au four des voix et au moulin des claviers, à la hue de la partition et à la dia du texte, une huile dans le moteur lyrique qui ne salue pas à la fin de la représentation mais dont l’importance dépasse son invisibilisation.

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