La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 25 septembre 2020
4 min

La réouverture de l'Opéra Comique avec le Bourgeois Gentilhomme

Guillaume Tion s'est glissé dans les coulisses de l'Opéra Comique à Paris qui présente à partir de lundi 28 septembre, un Bourgeois gentilhomme de Lully mis en scène par Jérôme Deschamps. Le chroniqueur en a profité pour s'arrêter dans la salle des costumes...

La réouverture de l'Opéra Comique avec le Bourgeois Gentilhomme
La reprise du Bourgeois Gentilhomme à l'Opéra Comique de Jerome Deschamps, © Marie Clauzade

Nous avons rencontré Sannino, dont les habitués de l'Opéra Comique connaissent le travail puisqu’elle avait officié récemment sur le Domino noir et Ercole Amante, mis en scène par le tandem Christian Hecq-Valérie Lesort.

Elle nous a appris beaucoup de choses : tout d’abord, la psychologie du costume. Attention, nouvelle expression: l’habit fait le moine. Le costume doit refléter la personnalité du protagoniste, tout ce qu’on peut projeter de son caractère en plus de sa situation. Il n’est pas que fonctionnel, il est signifiant.
Pour Deschamps, il est clair que le respect de l’époque baroque est tempéré par une transformation un peu folle du vêtement. Avec par exemple l’ajout de gros diamants aux manches de M. Jourdain ou la pose sur les vestes des laquais de manches en style doudoune. Casser la normalité tout en restant élégant, c’est le défi.

Deuxième point, apparemment primordial et dont on ne se rend pas compte depuis la salle : la doublure ! Sannino a eu un flash quand, étudiante, elle a approché un kimono japonais sur une production de Madame Butterfly. Elle a découvert que la doublure était calligraphiée au pinceau et racontait toute une histoire.
Elle a alors compris que prendre soin de tous les aspects du costume donnait aux chanteurs l’envie de le porter et leur apportait un supplément de bonheur. Depuis, elle travaille autant l’intérieur que l’extérieur des vêtements, comme si l’habit, devenu personnage, possédait une part publique et une part privée. La part privée de Sannino est amusante : voulant devenir peintre, son père, Gennaro, l’a envoyée toute son adolescence chez des bonnes soeurs très strictes à Monza où elle a appris le dessin sans pouvoir prononcer un mot et où, quand on faisait tomber un crayon on s’attirait les foudres de la principale...
Ensuite elle a fait les Beaux Arts de Milan, puis a travaillé comme scénographe à la Scala et a rencontré Peduzzi.

Enfin, derniers conseils : privilégier les tissus naturels qui prennent mieux la lumière, et faire attention à la couleur. A l’opéra, les costumes ne sont prêts qu’une semaine avant la générale, et si les couleurs hurlent, le temps ne suffit pas pour tout reteindre.
Quant à Vanessa Sannino, vous ne pourrez pas la rater aux applaudissements : elle a les cheveux vert d’eau.

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