La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 16 octobre 2019
2 min

La nouvelle production de Guillaume Tell à Lyon

Guillaume Tion était à Lyon pour l’ouverture de saison de l’Opéra avec une nouvelle production de Guillaume Tell de Rossini.

La nouvelle production de Guillaume Tell à Lyon
Guillaume Tell, © Opéra de Lyon

Guillaume Tell, c’est le dernier opéra de Gioachino Rossini, hors des sentiers du bel canto. C’est ce qu’on appelle un Grand Opéra, genre éminemment français survenu vers 1830 et qui s’accommodait parfaitement des difficultés techniques maîtrisées alors salle le Peletier.  

Des difficultés, il y en a dans le Grand Opéra : sujet historique, livret sérieux, présence d’un chœur, ballets bienvenus. En somme, ce qui est grand est aussi massif.
Double peine pour les grands opéras ! Vu leur longueur, celui-ci dure quatre heures avec entracte. Ces Grands Opéras sont aussi souvent organisés autour d’un filet musical qui relie les grandes scènes à faire. 

Comment se place Rossini, le virtuose léger, dans cette histoire ?

Conventionnellement. Il ne révolutionne pas grand chose et accouche d’une longue partition à l’éclat intermittent dont surnage la fameuse ouverture.

La mise en scène est-elle conventionnelle ?

Elle est organisée autour d’un principe qui fait son originalité mais aussi son infortune : la communauté des montagnards se transforme en communauté de musiciens. Ils se trimbalent tous avec un instrument et composent un orchestre. Pourquoi pas ! Sauf qu’au moment de prendre les armes pour se révolter contre les troupes autrichiennes, le metteur en scène allemand Tobias Kratzer file la métaphore jusqu’au bout et tombe dans le grotesque. 

En lieu et place de hache ou de poignard ou de bouclier, les musiciens désossent leurs instruments et les combinent. Une clarinette sur laquelle un choriste scotche au gaffer le dos d’un violon devient une francisque. Et le spectateur de se retrouver devant un atelier "do it yourself" tout à fait saugrenu où il découvre qu’un hautbois monté sur une éclisse d’alto devient une arbalète. Atelier qui s’éternise d’ailleurs, tant le livret aime répéter les choses... C’est les transformers Mc Gyver du lyrique !

A l’entracte, on a surpris un homme au téléphone constatant avec désarroi : “Alors je sais pas, peut-être qu’ils veulent dire que la culture est en danger, qu’il faut combattre ? Ou peut-être que c’est qu’en Suisse ? Mais là c’est ridicule".

En réalité, le spectacle brode ce thème jusqu’au bout, sur une trame historique qui exalte plutôt des revendications nationalistes, les Suisses contre les Habsbourg. Et pour apporter encore plus de confusion, les méchants sont déguisés en droogs, comme dans Orange Mécanique, film où l’on peut entendre l’ouverture de Guillaume Tell réarrangée par Wendy Carlos. La référence est tout de même datée dans un monde où la culture est mise en danger par des forces beaucoup plus contemporaines

En revanche, le plateau vocal, mené par Nicola Alaimo et Enkelejda Shkoza tire son épingle du jeu dans cette production clairement en demi-teinte. Eux visent juste.

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