La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 26 février 2020
2 min

La Dame Blanche à l’Opéra-Comique

La Dame Blanche à l’Opéra-Comique
La Dame Blanche à l'Opéra Comique, © Christophe Raynaud de Lage

Guillaume Tion a assisté à la résurrection plutôt pénible d’un paysage de falaise et de château, de ruines et d’êtres roux, c’est la Dame blanche !

Tout cela paraît confus, on va reprendre du début. Le plus simple est peut-être de traverser cette oeuvre par son prisme immobilier.
Premier point. Nous sommes en 1825.
Le compositeur François-Adrien de Boieldieu vit non seulement à deux rues de l’Opéra Comique, mais son appartement se situe au-dessus de celui de Rossini, dont il est un ami, un admirateur, et qu’il va pasticher.

Boieldieu écrit rapidement cette Dame blanche, pour remplacer un opéra d’Auber qui ne peut pas se monter. Tellement vite que, par exemple, l’ouverture est composée la nuit avant la première par un de ses élèves. Cela vous rappelle quelque chose ?
Dans cette musique réside la bonne surprise de l’oeuvre, célébrée en son temps par Wagner. La partition très mouvante prend plaisir à multiplier les ambiances. Le plateau, lui, est inégal, mais porté par un toujours très bon Philippe Talbot, et une découverte, la soprano Elsa Benoit, passée par l’Opéra Studio de Munich. Le livret d’Eugène Scribe adapté de Walter Scott, en revanche, est redoutable de complexité en même temps que de vacuité.

Pour résumer, un garçon amnésique revient de la guerre et atterrit dans un village écossais. On lui demande d’emblée d’être parrain d’un nouveau-né, mais ce n’est pas important. Il apprend, via une amie d’enfance qui se fait aussi passer pour une dame blanche errant sur les remparts, qu’il est un des descendants de la famille noble du village, en fuite.

Deuxième point, des méchants veulent acheter le château pour que la famille n’ait plus de biens. Cela nous donne une jolie scène de vente aux enchères. Malgré le caractère délirant du livret, c’est toujours d’enracinement et de possession qu’il s'agit.

Troisièmement, comment mettre en scène ce tropisme immobilier façon Château à vendre ? Pauline Bureau, dont le travail au théâtre est remarqué, reste un pied sur le palier.
Elle gonfle son premier acte d’une scénographie mastoc avec projections vidéo inopérantes, pour ensuite se recentrer avec plus de bonheur sur des intérieurs à l’esthétique Hammer films; où vous voyez du double living en ruine les vestiges d’un jardin de type anglais. Dans cette mise en scène assez littérale et parfois ennuyeuse, c’est quand le spectacle cherche à oublier le poids de ses murailles qu’il nous entraîne aussi. Mais pas très loin, hélas.

A voir du 20 février au 1er mars 2020 à l'Opéra Comique.

Distribution : 

 Philippe Talbot, Elsa Benoit, Sophie Marin-Degor, Jérôme Boutillier, Aude Extrémo, Yann Beuron, Yoann Dubruque
Choeur Les éléments
Orchestre National d’Île-de-France
Direction, Julien Leroy
Mise en scène, Pauline Bureau

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