La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 19 février 2021
2 min

La Clémence de Titus en direct depuis le Grand Théâtre de Genève

Le dernier opéra de Mozart est diffusé le vendredi 19 février à 20h en direct sur Mezzo Live et sur le site du Grand Théâtre de Genève dans la nouvelle production signée Milo Rau. Cette Clémence de Titus réunit une distribution mozartienne exemplaire dirigée par Maxim Emelyanychev.

La Clémence de Titus en direct depuis le Grand Théâtre de Genève
La répétition générale de La Clémence de Titus de Mozart diffusée en direct et en streaming depuis Le Grand Théâtre de Genève

Le Grand théâtre de Genève propose une nouvelle production de la Clémence de Titus de Mozart, en mode confiné et pour une diffusion en streaming qui aura lieu ce soir sur Mezzo. Sur la scène, Bernard Richter chantera Titus et Serena Farnocchia chantera Vitellia. Dans la fosse, Maxim Emelyanychev dirigera l’Orchestre de la Suisse Romande dans le dernier opéra de Mozart. Mais, surtout, en coulisse, le Suisse Milo Rau assistera à sa première mise en scène d’opéra.
Milo Rau, tête pensante du théâtre, artiste engagé selon tous les labels d’engagement possible, jadis journaliste, sociologue de formation considère la scène comme une clef d’entrée pour découvrir et comprendre la société, la malmener aussi. Il est notamment connu pour son théâtre du réalisme global et ses créations de grand procès.

Au film, c’est par exemple The Congo Tribunal, qui retrace, à travers le procès de toutes les parties prenantes, la guerre qui ensanglante le pays. Sur scène, ce sont d’autres procès, ceux de Moscou, où la liberté d’expression est étudiée, et aussi des spectacles sur le génocide rwandais et l’affaire Dutroux.

Du théâtre engagé à l’opéra classique

On pourrait penser que, venant du théâtre, le fait de suivre une partition et un livret qu’on ne peut pas modifier handicape le metteur en scène. Une Tosca, même sur la Lune, sera toujours une Tosca. “Pas du tout, répond Milo Rau, c’est une contrainte qui devient une liberté.” Milo Rau compare la musique à la caméra. La mise en scène d’opéra est ici réalisée sous la dictature de la musique, elle est guidée par son émotion et sa dramaturgie. Un travail parallèle à celui qu’il connaît lorsqu’il coupe et filme.

Cette contrainte, selon lui, laisse davantage le loisir de se concentrer sur l’interprétation. Pas l'interprétation des chanteurs, mais celle du déplacement de l’oeuvre et de la recherche de ses centres naturels. Une sémiologie que Milo Rau vient ensuite frotter à nos structures de pouvoir. C’est là qu’intervient la patte du metteur en scène. Car si le roi se présente comme tolérant, il induit que toute révolution est perverse, nous explique Milo Rau. Cette conception contre-révolutionnaire en 1791, date de la création de l’opéra. Car elle sacre la naissance des élites postrévolutionnaires. Comme si la bourgeoisie se servait de l’image du bon roi pour expliquer que la révolution qui l’a fait naître devait maintenant cesser.
De fil en aiguille, par une scénographie qui oppose d’un côté le palais façon maison d’art, avec un dictateur artiste qui se pique de peinture, et de l’autre le misérabilisme du monde détruit par l’explosion du Vésuve, Milo Rau montre aussi l’isolement de ces classes dirigeantes, qu’on retrouve selon lui aujourd’hui dans nos sociétés occidentales. Le spectacle, passionnant sur le papier, se heurte à un écueil. Les salles sont fermées. Il sera retransmis ce soir sur Mezzo à 20h et sur le site du Grand Théâtre de Genève, mais il y manquera toujours la réaction du public, importante, surtout à l’opéra. Il est fascinant d’observer la balance entre les huées et les applaudissements.

La Clémence de Titusà voir sur le site du Grand Théâtre de Genève du 19 au 28 février 2021.

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