La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 20 novembre 2020
2 min

Alabama Song

Alors que nous ne pouvons plus assister à des spectacles comme nous le fîmes par le passé, Guillaume Tion s'est rendu dans une salle pour la représentation d’une pièce de théâtre musical. Il s’agit d’Alabama Song, qui devait se donner au théâtre de la Tempête et qui a été annulé.

Alabama Song
Sièges vides d'un théâtre - La chronique de Guillaume Tion, © Getty / Gabriel Martinez / EyeEm

Une séance dédiée aux professionnels du milieu

Guillaume Tion a pu assister à une représentation car elle était donnée devant des professionnels ! C’est un tout autre genre de séance dont il s’agit ici, pas de grand soir ni de falbala, d’ailleurs cela se déroulait à 14h30 et tout le monde était détrempé par la pluie de novembre. 

Sur une jauge de 100 personnes, seuls 11 fauteuils étaient occupés par des directeurs de théâtre, des programmateurs, des membres d’institutions officielles de type DRAC ou de journalistes. 

Le but de ces représentations ne consiste pas à satisfaire l’envie de spectacle d’une caste de privilégiés, encore que, mais de tenter de donner un élan à peu près satisfaisant aux pièces qui se sont pris de plein fouet le mur du confinement. Par exemple, l’équipe d’Alabama Song a appris la veille de la générale que le théâtre allait devoir fermer ses portes au public. 

Rebondir est essentiel !

De l’extérieur, on pourrait penser qu’une fermeture des théâtres pour deux mois n'est rien, or, les annulations ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Une compagnie qui ne présente pas son travail ne peut faire venir des directeurs et des programmateurs de province pour mettre sur pied une tournée. Ce faisant, elle se prive d’un lien avec les théâtres qui auraient pu aussi développer ses projets ultérieurs. Elle se retrouve par ailleurs dans une mélasse financière enquiquinante, car elle ne touche plus la billetterie. En réalité, ces deux mois de black out ont des répercussions sur les deux ou trois saisons prochaines et mettent en péril le gros des compagnies. 

Ces représentations sont donc organisées pour tenter de sauver les meubles en cherchant quand même des diffuseurs pour la tournée d’un spectacle qui a été annulé. 

Report ou annulation ?

Les théâtres font ce qu’ils peuvent pour aider les compagnies et mettre en avant la création, mais ils sont coincés entre le report des spectacles déjà annulés durant le premier confinement, et le maintien des programmations futures déjà établies. Il y aura des reports pour les pièces mort-nées de novembre, certes, mais aussi des embouteillages, et les théâtres ne vont pas doubler d’un coup leur nombre de spectacles, qui auront aussi plus de mal à trouver leur public. 

Tous les directeurs commencent à phosphorer sur de possibles allongements de saison l’année prochaine, la multiplication de partenariats avec d’autres théâtres pour y déplacer certaines pièces, voire des temps de présentation moins longs. 

Tout cela alors que de la bouche de notre ministre de la Culture mélomane, aucun cluster n’a été repéré dans une salle de spectacle et qu’il existe davantage de possibilités d’attraper la Covid en famille, qu’au théâtre. Entre-temps, on a aussi appris que la culture est officiellement labellisée non essentielle, au contraire de promener son chihuahua, et on se retrouve devant une pièce qui confine au tragique. 

Pour finir sur une note d’espoir, je parlerai de la très bonne musique d’Alabama Song le jour où il sera officiellement donné dans une salle. En décembre, janvier ou plus tard. Car on y croit encore !

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