La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 13 novembre 2020
2 min

Hippolyte et Aricie : d'une conception scénique a un rendu filmique

Hippolyte et Aricie, de Jean-Philippe Rameau, sera donné demain à l'Opéra-Comique sans public et avec retransmission en direct sur France Musique et Arte Concert ! Ce n'est pas tout, la captation fera l'objet d'un film avec scènes additionnelles.

Hippolyte et Aricie : d'une conception scénique a un rendu filmique
Hippolyte et Aricie au théâtre du Capitole de Toulouse en 2009 - La chronique de Guillaume Tion, © Maxppp / FREDERIC CHARMEUX

Demain, à 20 heures, sera diffusé en direct et en streaming sur Arte Concert et sur France Musique la nouvelle production de l’Opéra-Comique, Hippolyte et Aricie, de Jean-Philippe Rameau, dirigé par Raphaël Pichon et mis en scène par Jeanne Candel. 

Une production sans public

Cette production a eu de la chance d'être maintenu ! Certes, il n’y a plus de billetterie et le Comique y perd 250 000 euros, mais c’est surtout en termes de prestige et innovation qu’il faut considérer ce spectacle. 

Le confinement s’est abattu sur des productions en cours de répétition qui se battent pour trouver des moyens de diffusion. Certaines y parviennent, par exemple avec l’Opéra de Rouen qui enregistre la Clémence de Titus à ce moment même. D’autres échouent, comme le très attendu Salomé mis en scène par Krzysztof Warlikowski au Théâtre des Champs Elysées, qui a été annulé faute d’avoir trouvé un diffuseur. Sous ce rapport, le Comique a de la chance. 

Carmen qui devait être présenté en septembre était mort-né car supposément jouée par l’orchestre symphonique de Shanghai, autant dire mission impossible au vu des restrictions de déplacement. La production suivante, le Bourgeois Gentilhomme, a été annulée car l’un des participants était positif à la Covid-19. Il fallait donc absolument pour l’Opéra-Comique que cet Hippolyte se fasse. 

Du théâtre au cinéma

En termes d’innovation, le défi est passionnant. Le spectacle passe d’une conception scénique à un rendu filmique : pas de public mais des caméras pour un double programme : l’Hippolyte diffusé demain soir sur Arte Concert et sur France Musique, puis un autre Hippolyte, avec des scènes filmées plus ambitieuses, qui sera diffusé plus tard sur Arte. 

Ils ne jouent pas deux spectacles différents, mais le diffusent en direct demain, mais ont enregistré certaines scènes cette semaine dans les conditions du direct et avec des caméras embarquées sur le plateau pour rajouter des plans et muscler la captation de samedi en vue d’une diffusion télévisée. On passe donc aisément du théâtre au cinéma, avec découpage visuel de certaines scènes. 

Une qualité musicale d'antan

La distanciation et l’absence de public font que les musiciens de l’ensemble Pygmalion ont empiété sur la salle et ont donc eu l’espace nécessaire pour se placer dans une configuration historique digne du XVIIIe siècle, avec cordes et vents face à face. De plus, qui dit captation dit prise de son, et donc mixage. Les chanteurs auront alors toute liberté de descendre au fond de leur piano et de monter haut dans les forte sans craindre que l’orchestre ne les gêne. L’orchestre pourra lui aussi s’épanouir sans avoir à laisser passer la voix des chanteurs. 

En réalité, à certains égards, cette production que le numérique a colonisé propose un raccourci vers l’historiquement informé. Et engendre un laboratoire inattendu qui se révèle une des bonnes surprises de ce confinement. 

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