La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 12 février 2021
2 min

Un opéra-film sur le rayon N

Le Rayon N, un projet en train de voir le jour, totalement atypique dans sa conception comme sa production.

Un opéra-film sur le rayon N
24.Le Rayon N. Produit par T&M - Léo Warinsky - Sébastien Rivas - Antoine Gindt - Philippe Béziat, © Getty / DrPixel

Le Rayon N nous est inconnu, mais la Lorraine de 1903 ne parlait que de ça. Un célèbre scientifique, le professeur Prosper-René Blondlot, qui a une rue à son nom à Nancy, a découvert à l’époque un rayon fantastique. Si on le projetait sur une source lumineuse, elle augmentait la luminosité de la source. De quoi éclairer Paris avec une lampe de poche.
Des dizaines de publications scientifiques ont été écrites à ce sujet et rapidement le Rayon N, N comme Nancy, se dotait aux yeux de la population d’à peu près toutes les vertus thérapeutiques.

Un drame dans cette histoire...

Le Rayon N n’a jamais existé, cette supercherie a été découverte un an plus tard par un scientifique américain. Aujourd’hui, ce Rayon revient hanter les amateurs de lyrique. Il devient un opéra. Mieux que ça: un opéra-film. Nous avons interrogé hier son librettiste, Antoine Gindt, sur les difficultés de créer un argument d’opéra de nos jours.
Comment Antoine Gindt a procédé pour construire son histoire ? Il l’a déjà assise sur un socle. En l’occurrence le conte d’Andersen Les Habits neufs de l’empereur, qui s’entremêle à l’histoire du Rayon N. 

Ensuite, il a opté pour un quatuor vocal ajouté d’un comédien. Puis il a fait fi des conventions opératiques et a étalé son histoire sur 23 vignettes courtes. Sans aucun souci d’unité de lieu. Traditionnellement, les scènes d’opéra sont plus longues, plus développées, plus articulées les unes avec les autres. Ici on a des flash-back, des actions simultanées, des effets de montage.
Mais si Antoine Gindt a écrit sans se soucier des contraintes du plateau, il conserve un point de vue opératique. Pour lui, il faut une certaine brièveté pour laisser place à la musique. Beaucoup d’informations sont données par la partition et la scène. 

Ces vignettes de 2-3 minutes sont vite apparues comme des séquences de cinéma. D’où l’idée, avec le metteur en scène Philippe Beziat, d’en faire un film opéra plutôt qu’un objet scénique. 

Comment monter un Film-Opéra ?

C’est précisément ce qu’ils découvrent. Très atypique. Ils ont un pied dans la production d’opéra, avec notamment des théâtres partenaires, à Nîmes et à Caen, ou des structures bien connues du monde lyrique, comme la fondation Bettencourt, mais ils cherchent aussi un diffuseur télé et s’intéressent aux aides du CNC, voire du CNM.
Pour le moment, le projet a achevé sa phase 1, qui consistait à lancer la commande au compositeur Sebastian Rivas, et à l’enregistrer, par l’Ensemble intercontemporain et le choeur des Métaboles sous la direction de Léo Warynski.
Maintenant ils sont en phase 2. Dès que le budget le permet, ils tournent, avec un décor de prédilection, le site de l’ENS Paris-Saclay.

Le Rayon N peut-il guérir du Covid ? 

On peut aussi imaginer que le virus a fait émerger des figures du charlatanisme. A l’époque, tous les scientifiques ne besognaient pas pour trouver des vaccins, mais un rayon capable de concurrencer le fameux rayon X né en Allemagne. Et Blondlot était évidemment l’un des plus crédibles.

Lien vers Le Rayon N, T&M

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