Vendredi 22 janvier 2021
2 min

La chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui dans Pelléas et Mélisande à Genève

C'est à voir en ligne sur le site du Grand Théâtre de Genève: Pelléas et Mélisande dans la mise en scène de Damien Jalet et Marina Abramović avec la chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui. Un Pelléas particulier avec ses scènes chorégraphiées. Comment mettre de la danse sur la musique de Debussy ?

La chorégraphie de Sidi Larbi Cherkaoui dans Pelléas et Mélisande à Genève
La production de Pelléas et Mélisande est donnée en streaming sur le site du Grand Théâtre de Genève à partir du 18 janvier, puis sur Opera vision à partir du 19 février, © Magali Dougados

Sidi Larbi Cherkaoui et son comparse Damien Jalet ont fait pénétrer au royaume d’Allemonde huit danseurs qui dynamisent et épousent la dimension symboliste de l’oeuvre.
Tantôt muraille, tantôt statues, ils soulignent pour le meilleur les ambiguïtés de la pièce de Maeterlinck, que ce soit la violence des secrets ou la grâce de l’amour que la pièce recèle. 

Chorégraphe à l’opéra, qu'est ce que c'est ?

Selon Sidi Larbi Cherkaoui, mise en scène et chorégraphie sont apparentées. Toutes deux travaillent sur le corps, avec la direction et le mouvement, ainsi que sur la psychologie des personnages, ce qui est représenté dans la danse par les intentions qui sous-tendent chaque geste. “Un geste, c’est toujours une action réaction, une réponse”, explique-t-il.

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Les frontières entre la chorégraphie et la mise en scène fluctuent. “Parfois il y a séparation entre les moments de jeu et de danse, qui vient par exemple se glisser dans les interludes, parfois les choses sont plus imbriquées, ambiguës”, dit Cherkaoui, qui cherche précisément l’endroit où l’un se transforme en l’autre.

Comment appréhender la musique de Debussy, lente et introvertie, qui n’est pas idéale pour y poser une chorégraphie ?

Cherkaoui avance une loi : dès qu’il y a un espace de temps, il y a un espace pour la danse, qui remplit ce temps et répond à la musique. Même celle de Debussy. Il ajoute que le temps est différent dans le monde de l’opéra. La musique a plus d’ampleur que le texte, ce qui donne une possibilité plus grande de réfléchir et ressentir.

La danse vient alors souligner d’autres choses. Par exemple en présentant des suites de mouvements en rafale de la part de tous les danseurs, qui rappellent les planches sur la décomposition des mouvements de Muybridge, l’apport des danseurs est davantage lié au texte. Jalet et Cherkaoui revendiquent d’ailleurs dans leur danse une inspiration théâtrale faite de gestes du quotidien.

Comment s’y prennent-il avec les cheveux de Mélisande durant la scène de la tour ?

Les cheveux sont symbolisés par de grandes lignes argentées, de la corde, que les danseurs tendent et manipulent, mais qui montre aussi que Pelléas est manipulé.
Les danseurs deviennent alors marionnettistes et forment à l’aide de ces cordes des figures selon une géométrie qui résonne avec les dédales de Maeterlinck. Car pour Cherkaoui, cette oeuvre aux mille et une interprétations se conçoit essentiellement autour de la figure d’Arkel, le roi qui impose un patriarcat castrateur à l’endroit de ses fils Pelléas et Golaud.
L’oeuvre présente la fossilisation d’une famille crispée sur sa hiérarchie, où le pouvoir ne se transmet pas, une famille dans laquelle survient Mélisande et où elle laisse une fille, qui peut-être s’échappera un jour et tombera sur un autre chasseur dans la forêt, formant ainsi un mouvement cyclique de domination et d’évasion infini.

Pelléas et Mélisande de Debussy à voir sur le site du Grand Théâtre de Genève jusqu'au 31 janvier.

Puis à partir du 19 février, sur la plateforme d'Opera Vision.

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