La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 28 août 2020
3 min

L'Opéra de Paris dans la tourmente

Pour la première chronique de la saison, Guillaume Tion revient sur la crise profonde que traverse l'Opéra national de Paris. Les spectacles lyriques se sont éteints avec le Coronavirus et peinent à renaître aujourd’hui.

L'Opéra de Paris dans la tourmente
Stéphane Lissner, Directeur de l'Opéra national de Paris jusqu'au 1er septembre 2020 et Amandine Albisson, danseuse étoile

Les conditions d’accueil dans les salles posent évidemment problèmes, mais aussi la nature même de l’orchestre.
Les études se contredisent pour savoir s’il est possible de réunir 90 instrumentistes dans une fosse et on n’a jamais parlé autant des musiciens depuis qu’on ne sait plus s’ils peuvent jouer.
Et puis il y a les chanteurs. Tous ces superbes artistes internationaux qui jadis circulaient comme des oiseaux libres savent que s’ils entrent sur le territoire ils vont vivre avec un test PCR dans le nez et affronter une quarantaine en retournant chez eux.

Stéphane Lissner, vidé

Mercredi, la Ministre de la Culture, Roselyne Bachelot a achevé définitivement l’aventure de Stéphane Lissner à Paris.
Rappelez-vous : Lissner avait débarqué de la Scala de Milan en 2014. Son projet ? Redorer l’institution et avec l’aide du mécénat, y faire chanter des stars qui n’étaient pas Roberto Alagna.
Mission accomplie: sous sa mandature ont défilé les plus grands noms du marigot: Kaufmann, Netrebko, Yoncheva, mais aussi des chefs comme Gustavo Dudamel. Bravo à lui !
Toutefois, le courant passe mal avec l’entourage d’Emmanuel Macron. Lorsqu'il il s’agit de lui désigner un successeur, l’été dernier, le Président choisit Alexander Neef, aujourd’hui à la tête de l’Opéra de Toronto.

Les grèves de l'hiver

D’une situation brillante on passe à un désastre. Dans le sillage du mouvement de contestation nationale, musiciens de l’orchestre et techniciens débrayent. 85 représentations sont annulées pour un manque à gagner de 19 millions euros.
Stéphane Lissner s’implique. Il fait le lien entre le ministère, qui ne veut pas payer les pots cassés, et les musiciens, dont il défend le statut.

Le coronavirus

Stéphane Lissner vacille. Trop c’est trop ! Devant l’incertitude d’une reprise ou non en septembre, il a avancé des travaux qui auraient dû se tenir l’été prochain et a fermé boutique. Rendez-vous fin novembre pour la réouverture de Garnier. Il a aussi avancé sa date de départ à janvier 2021 pour qu’Alexander Neef gère le bazar tout seul ou, comme on dit, qu’il fasse prévaloir sa vision sans interférences.

L'arrivée de Roselyne Bachelot

Roselyne Bachelot n’a pas dû beaucoup apprécier que Stéphane Lissner, entre temps, soit devenu superintendant et directeur artistique du Théâtre San Carlo de Naples.
Elle n’a pas dû goûter non plus que, lors des concerts des 13 et 14 juillet, Lissner annonce au micro que l’Opéra serait présent pour les défis de la rentrée alors qu’il est fermé.
Ce qui devait arriver arrive donc: Lissner et l’Opéra de Paris, c’est fini. Ses fonctions prennent fin le 1er septembre.  

Qu’est-ce que cela veut dire ?
Par rapport au contexte général, Roselyne Bachelot a perdu une moitié de partie. Elle voulait défendre le spectacle vivant, elle a dégainé un plan à 600 millions avec le Premier ministre, mais elle n’a pas pu annuler la distanciation dans les salles qui est maintenue dans les départements rouge. Or tous les départements sont en train de repasser au rouge.

Deuxième chose, elle montre qu’elle veut gérer complètement le dossier Opéra de Paris. Le lyrique, c’est elle.
Le fait d’organiser une passation de pouvoir entre Stéphane Lissner et Alexander Neef au ministère, mardi prochain, une première, scelle son implication. 

Troisième chose, Alexander Neef s’occupe toujours de l’Opéra de Toronto en attendant la nomination de son successeur. Il ne sera à Paris qu’à mi-temps. Vont pouvoir s’affirmer les personnages en place, comme Martin Ajdari, directeur délégué arrivé l’an dernier, qui est très apprécié en interne, mais aussi les musiciens et danseurs, dont on attend durant ces périodes un regain d’engagement. Tout n’est peut-être pas si mort.

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