La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Vendredi 27 novembre 2020
2 min

L'enregistrement de La Walkyrie à l'Opéra de Paris

Guillaume Tion a assisté à l'enregistrement à huis clos et en version de concert de La Walkyrie à l'Opéra Bastille. D'ici quelques jours, c'est toute la Tétralogie du Ring de Wagner qui sera enregistrée puis diffusée dès le 26 décembre sur France Musique, signant ainsi les adieux de Philippe Jordan.

L'enregistrement de La Walkyrie à l'Opéra de Paris
Enregistrement de La Walkyrie à huis clos à l'Opéra de Paris avec Ekaterina Gubanova et Philippe Jordan, © Elisa Haberer

A l'Opéra Bastille, on y donnait le coup d’envoi du Ring, rocambolesque saga dont les auditeurs ont dû avoir vent et qu’on va très vite résumer.
Au début était prévue une version scénique avec une mise en scène de Calixto Bieito et des titres saupoudrés du printemps à l’automne.
Puis survient le premier confinement. L’Opéra de Paris, qui tient à cette production de prestige supposée éclairer la fin de la mandature Lissner, décide de ne présenter qu’une version de concert, deux fois le cycle, en novembre et en décembre.
Puis arrive le couvre-feu, l’horaire est aménagé en fonction de la durée hors norme de ces opéras, en moyenne cinq heures pour les trois journées. Puis surgit le second confinement. Adieu public, il ne reste que la captation de France Musique pour attester de cette tétralogie.

Puis s’immisce le virus. Qui touche un soliste sur L’Or du Rhin. Les répétitions du prologue sont interrompues dix jours. Résultat: sur le planning arrêté, la Walkyrie sera donnée avant l’Or du Rhin, et Siegfried en dernier, plus tard que prévu, ce qui supprime un des deux cycles. Comme il serait stupide de proposer la première journée avant le prologue et la troisième avant la deuxième, France Musique ne retransmettra pas les concerts en direct mais les diffusera en décembre.

Le casting modifié après plusieurs désistements

Egalement, nous avions appris un double désistement dans le cast survenu la semaine dernière: Jonas Kaufmann et Eva-Maria Westbroek cèdent leur place à Stuart Skelton et Lise Davidsen. Nous nous retrouvons donc face à une Tétralogie sans mise en scène donnée dans le désordre devant une absence de public.
Mais, laissons ces vétilles, ce qui est important c’est l’interprétation, c’est le coeur. J’ai eu la possibilité d’assister à la Walkyrie ce mardi, et les conditions de présentation étaient formidables. Sans caméra ni spectateurs, l’orchestre jouait en tenue de ville, comme pour une répétition, et Philippe Jordan ne portait ni queue de pie ni chaussures vernies. Cela n’a l’air de rien, mais rapporté aux habitudes de la planète lyrique, c’est un tremblement de terre de magnitude 12 sur l’échelle de Sviatoslav Richter.

Ce qui était passionnant, c’était d’assister aux adieux de Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris depuis 2009, et qui rejoint l’Opéra de Vienne en janvier. Jordan a toujours été un wagnérien averti, et l’on peut mesurer le chemin parcouru à la façon dont il appréhende aujourd’hui l’oeuvre du maître de Bayreuth. Extrêmement rigoureux, parfois rigide, complètement tourné vers une vision claire et articulée des masses orchestrales, souvent décrite comme froide, il a acquis avec cette formation une confiance qui le pousse aujourd’hui à la liberté.

Il laisse ses musiciens prendre le large et accepte d’ouvrir la porte à la sensibilité interprétative. Même sa gestique est plus souple, plus relax. Mais attention, il n’est quand même pas là pour faire du skate en mangeant des pépitos. Jordan reste sérieux, mais il parvient aujourd’hui à fusionner l’exigence de la partition rendue au micron de croche avec l’émotion du souffle dramatique venu du Rhin.
En Walhalla du bon travail, et le résultat vaut le déplacement. Bon, on est confiné. Alors il vaudra le déplacement vers votre poste de radio du 26 décembre au 2 janvier, quand France Musique diffusera cette tétralogie pour les fêtes. Car c’en est une !

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vendredi 20 novembre 2020 Alabama Song