La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 30 octobre 2019
2 min

Don Carlo de Verdi à l'Opéra de Paris

Cette semaine, Guillaume Tion était pour nous entre la France et l’Italie, c’est-à-dire à l’Opéra-Bastille pour Don Carlo de Giuseppe Verdi.

Don Carlo de Verdi à l'Opéra de Paris
Don Carlo : René Pape (Filippo II), Ève-Maud Hubeaux (Tebaldo), Aleksandra Kurzak (Elisabetta di Valois), Étienne Dupuis (Rodrigo) et Roberto Alagna (Don Carlo), © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

Alors avec cette oeuvre de Verdi, il faut surtout préciser de quoi on parle. La nature du spectacle tient à l’apparition d’une consonne. Explications.

En 1867, Giuseppe Verdi compose un grand opéra. Nous avons déjà parlé de ce genre pour Guillaume Tell. Un grand opéra, c’est sujet historique, choeur et ballets. L’oeuvre inspirée d’une pièce de Schiller retrace la vie totalement fictionnée du fils de Philippe II d’Espagne, Don Carlos, amoureux d’Elisabeth de France. Malheureusement leur mariage n’aura pas lieu : c’est Philippe II, son père, qui se mariera avec Elisabeth. L’oeuvre, écrite et chantée en français, commande de l’Opéra de Paris après le triomphe des Vêpres siciliennes, s’intitule Don Carlos.

Sa postérité est ambivalente. Coupée, couturée de multiples fois, avec un premier acte amputé pour que les Parisiens puissent à l’époque prendre le dernier omnibus, Don Carlos devient de fil en aiguille un spectacle conforme, ni rejeté ni triomphal, boudé par son créateur, notamment à cause des mauvaises relations que Verdi entretenait avec l’Opéra de Paris.

En 1884 le compositeur reprend une énième fois son canevas. A l’époque, les œuvres qui voyageaient d’un pays à l’autre étaient souvent remodelées. Ainsi, Verdi traduit Don Carlos en italien, qui devient Don Carlo. Sans S.

A Bastille se trouve monté en ce moment ce Don Carlo dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski qui avait été créée il y a deux ans pour Don Carlos, dans sa version originale en français.
Exit donc le texte en français, place au texte en italien, prosodiquement plus cher à Verdi, dans un opéra où l’on retrouve volontiers sa patte sans les pièges des "E" en fin de mots. Un texte qui se trouve mieux connu et maîtrisé par les chanteurs que le texte français, rarement joué.

Bien plus que le texte, la traduction est aussi associée à une réorientation du propos. Le caractère sombre, vraiment très noir, de Don Carlos se trouve un brin atténué dans Don Carlo, qui sans se rapporter à la légèreté verdienne marque un cap dans la carrière du compositeur, que ce soit dans l’épaisseur du tissu orchestral mais aussi dans le ton.
Cela se retrouve dans la distribution. Don Carlos, tragique. Don Carlo - pas comique- (Roberto Alagna n'est pas un clown !) mais plus mélodramatique. Donc, pour Don Carlos, on appelle Jonas Kaufmann, pour Don Carlo : Roberto Alagna. Pour Don Carlos, Sonya Yoncheva. Pour Don Carlo, Aleksandra Kurzak...
Il y a beaucoup de disparités entre Carlos et Carlo. 

A noter qu'à partir du 11 novembre, un deuxième cast alignera aussi à Bastille, Michael Fabiano et Nicole Car. Pour le reste, la mise en scène de Krzysztof Warlikowski aligne son cheval en stuc, ses crépitements vidéo et son gymnase. Que ce soit dans Carlo ou Carlos, elle reste profondément hypnotique.

Distribution :

  • René Pape, basse
  • Roberto Alagna, ténor
  • Étienne Dupuis, baryton
  • Vitalij Kowaljow, basse  
    Sava Vemić, basse
  • Aleksandra Kurzak, soprano
  • Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano
  • Eve-Maud Hubeaux, mezzo-soprano
  • Tamara Banjesevic, soprano
  • Julien Dran, ténor
  • Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
  • Direction, Fabio Luisi
  • Mise en scène, Krzysztof Warlikowski

Don Carlo, à écouter le samedi 14 décembre à 20h dans Samedi à l'opéra.

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