La chronique de Guillaume Tion
Magazine
Mercredi 2 octobre 2019
2 min

Retour de spectacle : Création de Macbeth Underworld de Pascal Dusapin au Théâtre Royal de La Monnaie

Guillaume Tion revient de la Monnaie, où il a assisté à une création mondiale, Macbeth Underworld. Livret de Frédéric Boyer, mise en scène de Thomas Jolly et musique de Pascal Dusapin qui avait déjà créé Panthesilea à la Monnaie en 2016.

Retour de spectacle : Création de Macbeth Underworld de Pascal Dusapin au Théâtre Royal de La Monnaie
Macbeth Underworld, © Baus / La Monnaie De Munt

Un Macbeth qui n'a rien à voir avec Verdi, mais beaucoup avec Shakespeare. Le compositeur et son librettiste se sont attachés à pénétrer dans une zone sombre, la coulisse de la pièce, l’Underworld, l'outre-monde, l’endroit où se retrouvent et entrent en collision personnages et sentiments des Macbeth, où erre par exemple le fantôme de leur enfant mort. La temporalité n’est pas linéaire, différentes scènes peuvent s’y jouer au même moment. C’est un peu comme si on entrait dans l’esprit de la pièce de Shakespeare. Là où, comme le disent les Sorcières, ici transposées en Soeurs bizarres, “beau est noir et noir est beau”. 

Et qu’y voit-on, alors, dans cette sombre coulisse ?

Une extraordinaire scénographie, terrifiante, gigantesque. Thomas Jolly s’éloigne complètement du théâtre de tréteaux qu’il habite d’habitude. Sur le plateau des arbres immenses façon Sleepy Hollow laissent place à des extérieurs de châteaux qui deviennent des intérieurs, des décors vraiment très élaborés, toutefois un peu massifs. Si on devait leur accoler un qualificatif esthétique, on pourrait dire fantastique lorgnant sur le préraphaélisme, avec leur dose de sorcières rousses en chemises blanches. On retrouve aussi la patte de Jolly dans certaine adresse shakespearienne à la scène, ici donc transposée à l’opéra, avec avant et arrière plan qui se répondent tout en étant face public. Finalement, quoi de plus logique que de lui confier ce genre d'ambiance, lui qui a monté Henri VI et Richard III, et connaît Shakespeare comme le fond de sa poche en cuir. 

Quant à la musique...

Elle est magnifique. Pascal Dusapin a composé une partition qui s’enrichit et gonfle au fil des huit tableaux, se complexifie et agrège une multitude de styles différents, jusqu’au folklore. Avec un instrumentarium très large, où l’archiluth le dispute aux bourdons des cordes. Toutes ces couleurs, tonales ou non, se fondant dans une dominante sombre. On l'a dit, on le répète, ce n'est pas Bambi. Sur scène, nous retrouvons des chanteurs rompus à l’écriture de Pascal Dusapin, notamment Georg Nigl, en Macbeth, ou Magdalena Kožená en Lady Macbeth, rôle lourd. Là encore avec des vocalités diverses qui rendent le matériau très riche. 

Cela dit, ce spectacle est réservé aux spectateurs nourrissant déjà une certaine connaissance de MacBeth. Il risque sinon d’être un peu ésotérique. Pour le reste, l’univers et la musique sont à des profondeurs accessibles, et pour ceux qui ne peuvent se déplacer à Bruxelles, rappelons qu’on pourra voir MacBeth Underworld à l’Opéra Comique en mars prochain. A l'Opéra-Comique où l'on peut aussi voir, jusqu'à demain soir, une formidable Inondation, mise en scène par Joël Pommerat sur une musique de Francesco Filidei, dont on reparlera plus tard.

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