Vendredi 1 octobre 2021
2 min

Fidelio à l'Opéra Comique : une mise en scène faussement moderne ?

La nouvelle production de Fidelio, unique opéra de Beethoven, ouvre la saison à l'Opéra Comique dans une mise en scène où l'utilisation de la vidéo nous plonge dans un univers quasiment hollywoodien, d'une modernité accablante. L'occasion de se demander comment être véritablement moderne à l'opéra ?

Fidelio à l'Opéra Comique : une mise en scène faussement moderne ?
Siobhan Stagg qui incarne Leonore dans Fidelio de Beethoven à l'affiche de l'Opéra Comique dans une nouvelle production signée Cyril Teste, © Stefan Brion

Le Chœur des prisonniers du Fidelio de Beethoven est une des pages les plus visionnaires de Beethoven, et le philosophie Ernst Bloch, penseur du totalitarisme en plein nazisme, avait fait de l’appel de trompette qui en est le point culminant l’emblème de son « principe espérance ».
En assistant à la nouvelle production de l’Opéra-Comique, transposée dans une prison style Guantanamo, l’impression d’assister à une série sur Netflix, bien fichue mais gadget, l’a emporté sur le grand souffle universel. Que s’est-il passé ? 

La transposition ou l’actualisation (ce qui n’est pas tout à fait la même chose) étaient très nouveaux il y a trente ans et ont apporté un second souffle à la mise en scène d’opéra, permettant de renouveler notre regard sur des œuvres et des personnages dont on croyait avoir fait le tour. Le mérite des grands, comme Sellars, Tcherniakov, Warlikowski, Py, est de nous faire réfléchir.

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Aujourd’hui, l’actualisation de l’action n’est plus synonyme de modernité car elle est devenue la tradition, avec ce que cela suppose d’académisme, voire de paresse. Transposer en se disant que l’on va faire se dérouler La Traviata à l’époque de Facebook ou La Bohème à celle des jeux vidéo, tout en nous racontant l’histoire au premier degré, sans interroger ce que ces œuvres nous disent aujourd’hui, c’est un peu court. De même, si le message de Fidelio est de nous dire qu’il y a encore aujourd’hui des régimes qui détiennent arbitrairement des prisonniers politiques : merci, mais on avait compris !
D’où une impression de modernité light, qui plaît au public d’habitude rebuté par les relectures, car on n’y est pas déstabilisé. Comme le disait le metteur en scène Hans Neuenfels, grand provocateur et pionnier de la relecture iconoclaste des opéras : « Il ne suffit pas de remplacer une calèche par une Porsche pour être moderne. Encore faut-il justifier la Porsche. »

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