Samedi 4 mai 2019
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Nouvelles "routes de la soie": un axe culturel

La semaine dernière s’est tenu à Pékin le deuxième forum consacré aux nouvelles routes de la Soie, vaste projet lancé en 2013 visant à connecter par le train ou le bateau la Chine à l’Europe. Une initiative avant tout économique, mais où la culture n’est pas absente.

Nouvelles "routes de la soie": un axe culturel
Grande Muraille de Chine, © Getty / Ian Hitchcock

En 2018, il y a eu plus de 200 projets liés à ces nouvelles routes de la Soie, représentant environ 100 milliards de dollars. Ces investissements vont majoritairement dans l’énergie, les transports… Mais 12% de ces 100 milliards de dollars correspondent à une case intitulée « autres ». La Chine reste bien mystérieuse, et ne communique que très peu de données liées à ce projet titanesque. Mais une chose est sûre : la culture est belle et bien présente. 

L’année dernière par exemple, au Festival du film de Shanghai, la semaine « Belt and Road » a été lancée, du nom anglais de ces nouvelles routes de la Soie. 154 films ont été présentés en provenance des 49 pays qui participent au projet. En mai dernier a été créée une autre alliance : celle des bibliothèques, réunissant 24 membres, aussi différents que la Biélorussie et la Mongolie. Le but : partager les documents et les digitaliser. A chaque fois, ces initiatives sont portées par la Chine, en l’occurrence la bibliothèque nationale de Chine. Et surtout, Pékin développe les infrastructures culturelles tout au long de ces routes de la soie : 35 centres culturels ont déjà été érigés. C’est donc bien un nouvel axe de la culture que crée la Chine.

Quel est le but de cet axe ?

Ces nouvelles routes de la Soie essuient aujourd’hui des critiques virulentes, car ce projet a conduit à l’endettement d’un grand nombre de pays qui y participent. Et surtout, loin d’être une connexion entre différents pays, comme le vante le discours officiel, c’est la main-mise économique de la Chine qui se dessine à travers cet axe. 

Il suffit de voir les trains entièrement plein qui arrivent en Europe et qui repartent presque vide. Il faut donc pour Pékin améliorer l’image de ce projet, cinq ans après son lancement. Des spectacles culturels sont d’ailleurs organisés jusqu’en Europe : par exemple, à Duisbourg, qui est le hub ferroviaire des trains de fret: 25 convois chinois y  arrivent chaque semaine. Dans cette ville allemande, une exposition a été organisée, avec des œuvres des différents pays, et des performances de Kwok Mang-Ho, un artiste de Hong Kong qui se définit comme un ambassadeur culturel de ces routes de la Soie. 

Il vient là pour "partager l’harmonie entre les peuples"… Le discours est bien rôdé. Et la Chine a même imaginé embarquer les artistes dans un convoi ferroviaire. Seul hic : en Europe, il est interdit de voyager dans des trains de fret… L’opération n’a donc pu commencer qu’à partir de Bukhara, en Ouzbékistan. Mais plus que la réalisation du projet, c’est le symbole qui importe pour Pékin. Et ça fonctionne, jusqu’aux plus hautes instances : l’Unesco a salué le dialogue interculturelle de ces routes de la soie. Oubliant un peu vite que ces projets occultent totalement le rôle des minorités, par exemple ouighoures ou tibétaines. Mais l’heure est à la realpolitik, également sur le plan culturel.

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