Samedi 27 avril 2019
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Espagne: la corruption des institutions culturelles

Chaque samedi, Antoine Pecqueur fait le lien entre géopolitique et culture : il décrypte la vie artistique, et notamment musicale, d’un pays qui fait l’actualité. A l'occasion des élections législatives en Espagne, il nous parle de la corruption des institutions espagnoles.

Espagne: la corruption des institutions culturelles
Pedro Sánchez, Président du gouvernement d'Espagne, © Getty / Clara Margais / Getty Images News

Il faut absolument aller voir El Reino de Rodrigo Sorogoyen, actuellement au cinéma ; ce film dénonce magistralement la corruption politique en Espagne. Et malheureusement, les institutions culturelles ne font pas exception, loin de là. Le cas le plus emblématique est celui de la ville de Valence, dans le sud du pays. Des universitaires espagnols s’y sont même penchés pour analyser ce qu’ils appellent la face noire de la politique culturelle. Deux institutions sont tout particulièrement concernées : l’Institut d’art moderne et l’Opéra, appelé Palais des arts. Commençons avec l’Institut d’art moderne. L’ex-directrice, Consuelo Ciscar, est soupçonnée d’avoir fait acheter des œuvres d’arts jusqu’à 1500 fois leurs valeurs marchandes ! L’Institut a par exemple payé 442 000 euros pour 63 photographies de Gao Ping, un artiste totalement inconnu mais qui a été plus tard accusé d’être l’une des figures majeures de la mafia chinoise en Espagne. L’ex-directrice aurait aussi trafiqué les chiffres de fréquentation du musée, annonçant en 2013 1,2 millions de visiteurs alors qu’en réalité  ils étaient 85 000.

L’économie et la politique ne font qu’un, puisque le mari de Consuelo Ciscar était à l’époque le porte-parole du PP, le parti de droite espagnol. Les investigations judiciaires sont toujours en cours. De même pour le Palau de les Arts, ce spectaculaire opéra construit par l’architecte Santiago Calatrava.  La polémique avait commencé des le chantier sur le coût de construction de ce vaisseau futuriste, de 373 millions d’euros. Mais surtout, c’est la gestion du bâtiment durant les années où il a été dirigé par Helga Schmidt qui est dans le viseur de la justice. L’ex-directrice est soupçonnée d’avoir sous-traité le fonctionnement de l’Opéra à une structure, Patrocini de les Arts, dans laquelle elle était conseillère. On parle de centaine de milliers d’euros qui auraient ainsi été détourné. Venant de Covent Garden à Londres, Helga Schmidt aurait continuer à travailler dans une structure publique comme s’il s’agissait d’un opéra privé. Nos collègues de la Vanguardia qualifie cette histoire de tragicomédie : le procès va reprendre en novembre et Helga Schmidt risque sept ans d’emprisonnement.

Et ces affaires ne se limitent pas à Valence…

Non, regardez à Barcelone, où l’ancien président du Palau de la musica a été condamné à neuf ans d’emprisonnement pour trafic d’influence et blanchiment d’argent. Une entreprise de transport distribuait des dons à la fondation du Palau de la Musica, comme s’il s’agissait de mécénat culturel, mais en fait ces dons se retrouvaient ensuite en grande partie dans les caisses du CDC, le parti indépendantiste catalan. Et en retour, l’entreprise obtenait de juteux marchés publics. 24 millions d’euros ont ainsi été détournés. 

Vous le voyez : la corruption touche en Espagne une large partie de la classe politique. Le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, a bien décidé de s’y attaquer depuis qu’il est au pouvoir. Et d’ailleurs, son ministre de la culture a dû démissionner au bout d’une semaine seulement, car il était soupçonné de fraude fiscale. Le combat des socialistes contre la corruption semble porter ses fruits : le parti est en tête des sondages, même si Vox, le parti d’extrême droite, risque de faire aussi une percée historique, dans un pays qui ne comptait pas jusqu’alors de formation d’extrême droite.

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