La chronique d'Antoine Pecqueur
Magazine
Samedi 13 avril 2019
2 min

Inde : la politique culturelle de Narendra Modi

Chaque samedi, Antoine Pecqueur fait le lien entre géopolitique et culture : il décrypte la vie artistique, et notamment musicale, d’un pays qui fait l’actualité.

Inde : la politique culturelle de Narendra Modi
Narendra Modi, © Getty / Hindustan Times

Ce jeudi ont débuté les élections législatives en Inde. Des élections hors norme qui vont durer pendant six semaines. C'est l'occasion pour Antoine Pecqueur de nous parler de la politique culturelle du premier ministre Narendra Modi.

C’est une politique ultranationaliste qui est menée depuis cinq ans par Modi. Et cela se décline bien évidemment dans le champs culturel. Contrairement à d’autres pays d’Asie, l’Inde ne développe pas ou très peu d’offre culturelle à l’occidentale ; il n’y a par exemple qu’un seul orchestre symphonique dans le pays, l’Orchestre symphonique d’Inde, basé à Bombai. Une formation qui a été fondé en 2006 avec l’aide du groupe privée Tata,  on a d’ailleurs pu l’entendre en tournée en Grande-Bretagne il y a deux mois. Dans cet orchestre, sur 89 musiciens, 15 seulement sont indiens. On est donc à l’opposé de l’essor de la musique classique que l’on peut voir en Chine. 

En Inde, l’accent est avant tout mis sur la culture traditionnelle, et donc aussi les instruments typiquement indiens, comme les tablas ou la sitar. Immortalisé par Ravi Shankar et aussi par sa fille Anoushka, la sitar, typique du nord de l’Inde,  a fasciné des artistes comme Phill Glass ou John Coltrane. Mais aujourd’hui, les projets mêlant les cultures indiennes et occidentales, par exemple le projet Orfeo par delà le Gange de l’ensemble baroque Akademia, sont portés avant tout par les représentations diplomatiques occidentales, comme l’Institut français. C’est ce que montre d’ailleurs très bien Ariane Mouchkine dans sa pièce Une chambre en inde.

Et qu’en est-il du soft power de l’Inde vis à vis de l’occident ?

Modi en a fait sa priorité, en misant  sur un outil ultra puissant : le yoga ! Rien a priori de plus consensuel que cette pratique culturelle indienne, qui a conquis le monde entier. Mais c’est en fait devenu le cheval de Troie de la politique ultranationaliste de Modi, qui dit en faire lui-même tous les jours. 

Le yoga est devenu un outil de discrimination envers les musulmans, cible principale du nationalisme hindou de Modi. Et surtout, cette pratique permet de donner au monde entier une image tout en douceur de l’Inde, bien loin de la réalité de ce pays, confronté n à des tensions extrêmes dans le Cachemire. Et cela, il faut le rappeler, avec la complicité des Nations Unies qui ont même instauré une journée mondiale du yoga. La politique national-populiste de Modi fait du yoga non plus un soft power, mais un hard power.

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