La chronique d'Antoine Pecqueur
Magazine
Samedi 6 avril 2019
2 min

Hongrie : Viktor Orbán et la culture

Chaque samedi, Antoine Pecqueur fait le lien entre géopolitique et culture : il décrypte la vie artistique, et notamment musicale, d’un pays qui fait l’actualité.

Hongrie : Viktor Orbán et la culture
Viktor Orban , © Getty

Antoine Pecqueur nous parle aujourd’hui de la Hongrie, au moment où le parti de Viktor Orban a été suspendu du rassemblement de la droite européenne. 

Quelle est la politique  d’Orban en matière culturelle ?

C’est une politique très paradoxale. D’un côté, Viktor Orban développe à grande vitesse les infrastructures culturelles du pays. Des musées dédiés à la photographie, à l’éthographie, à l’architecture et une nouvelle salle de concert vont prochainement voir le jour à Budapest. Le Musée des beaux-arts a lui été totalement rénové. Cette politique culturelle du pays est menée non pas par le Ministère de la culture qui est dissous au sein d’un vaste ministère des ressources humaines, mais par l’Académie hongroise des arts. Une institution ultra conservatrice qui n’a de cesse de défendre l’identité culturelle hongroise. Ce qui se traduit par une censure plus qu’inquiétante. La comédie musicale Billy Elliott a été déprogrammée du Théâtre de Budapest, suite à l’indignation d’un journaliste proche du pouvoir qui estimait que ce spectacle allait inciter les jeunes hongrois à devenir homosexuels. Autre polémique autour d’une exposition consacrée à Frida Khalo, accusé de promouvoir le communisme. Lors de la réouverture du Musée des Beaux-Arts, Viktor Orban l’a affirmé : « nous devons défendre notre identité et notre souveraineté culturelle dans le tourbillon de la guerre culturelle européenne ».

Comment réagissent les artistes ?

Certains ont opté pour des choix radicaux, comme le pianiste Andras Schiff qui boycott désormais son pays natal. Il ne donne plus aucun concert en Hongrie, pour dénoncer la politique antisémite du gouvernement de Viktor Orban. Il a d’ailleurs lui-même reçu des menaces venant de proches du pouvoir… Un chef d’orchestre comme Ivan Fischer continue lui de se mobiliser sur place, et s’oppose à la politique d’Orban par ses choix musicaux. Par exemple quand il explique que les Danses hongroises de Brahms sont en fait des danses tzyganes, et qu’il rend ainsi hommage à la communauté roms épinglé par la politique du Fidesz. Mais d’autres artistes ou directeurs de structures, moins connus qu’Ivan Fischer, risque de perdre leur poste s’ils s’écartent de la ligne officielle. Le directeur du théâtre a été limogé, et certaines voix dans le milieu culturel expliquent  son départ par le fait qu’il soit homosexuel. Le repli nationaliste du pays a donc un impact violent sur la scène artistique. Cela n’a pas empêché à la fin du mois dernier, l’ancien président  Nicolas Sarkozy de se rendre à Budapest, et de déclarer que la Hongrie est, je le cite, un grand pays démocratique. 

L'équipe de l'émission :