Lundi 3 septembre 2018
3 min

Violences sexuelles dans l'enseignement musical : l'insupportable impunité

La semaine dernière, l'hebdomadaire l'Obs publiait une enquête intitulée : Silence, on viole dans les conservatoires. Aliette de Laleu revient donc sur les violences sexuelles dans l'enseignement musical et dénonce une insupportable impunité.

Violences sexuelles dans l'enseignement musical : l'insupportable impunité
Il est temps de briser l'omerta sur les violences sexuelles dans l'enseignement musical. , © Getty / Suteishi

Difficile de passer à côté de cette enquête publiée dans l'hebdomadaire L’obs la semaine dernière sur les violences sexuelles dans l’enseignement musical. 

La journaliste Mathilde Dumazet écrit sur ces quatre pages des petites phrases qui donnent la nausée : « Battre la mesure sur les fesses de ses élèves », « passer sous le piano »... Elle parle aussi de quatre femmes harcelées sexuellement par un directeur d’école de musique. Elle parle enfin d’une jeune fille abusée par son professeur de flûte, un homme qui avait 66 ans quand elle avait 16, et qui l’a forcée, sous couvert de chantage, à des actes sexuels non consentis.

Ce matin, je voudrais parler d’impunité. Dans ces deux derniers cas, les agresseurs ont été condamnés à 4 mois de prison avec sursis, dont 1 mois ferme pour l’un des deux. Et c’est tout. Mais surtout : l’un est toujours en activité dans le monde musical et l’autre intervient encore auprès d’orchestres de jeunes musiciens et musiciennes. 

A ces affaires on peut aussi ajouter celle, encore plus récente, de ce professeur de chant à Tours, mis en examen en début d’année pour viols sur mineur. L’homme avait déjà été condamné en 2005 pour des faits similaires, puis relaxé et tout simplement réintégré au conservatoire avant de recommencer sur ses élèves. 

L'écoute et la parole

Alors qu’est-ce qu’on fait face à ces violences sexuelles dans l’enseignement musical ? L’Obs rappelle le rapport de la ville de Paris sorti en 2015 qui préconisait les cours de musique collectifs pour éviter les risques d’infractions sexuelles sur les mineurs. Le texte précisait que les cours individuels pouvaient être considérés comme « porteurs de risque de dérapages importants qui s'inscrit dans la durée, de rapports de proximité et de séduction et d'un contexte musical marqué par une banalisation des relations sexuelles et amoureuses entre maître et élève ». 

Le texte avait provoqué un tollé et la colère des professeurs était justifiée. Une poignée d’enseignants mal intentionnés et dangereux ne peut pas faire payer pour tout le monde : pour ces professeurs de musique qui œuvrent chaque jour à transmettre leur passion dans le plus grand des respects, et pour les élèves, car les cours individuels sont utiles dans la pratique musicale. 

C’est un travail collectif qu’il faut mener. Et on pourrait le résumer en deux mots : écoute et parole. C’est l’exact opposé du premier mot utilisé dans le titre de l’article de L’obs : Silence, on viole dans les conservatoires.

Le silence est complice. Mais pour le briser, il faut des oreilles attentives. Et c’est là où professeurs, directeurs, parents, amis et autres, peuvent faire quelque chose. Les mouvements #metoo et #balancetonporc lancés il y a bientôt un an sont le reflet exact de ce qui peut se passer dans nos conservatoires et nos écoles de musique. 

Dans un hôtel de luxe avec des actrices connues ou dans une salle de cours d’un petit conservatoire, certains hommes utilisent leur pouvoir pour manipuler et abuser, souvent en toute impunité. Malheureusement l’indignation n’est pas toujours du bon côté. La compassion encore moins. Les victimes ce ne sont pas les professeurs blessés d’être des agresseurs potentiels, et encore moins les agresseurs eux-même. Les victimes, les seules victimes, ce sont tous ces élèves qui ont un jour subi une remarque, un geste déplacé, un attouchement, un chantage sexuel, un viol et qui ont eu peur de parler.

L’indignation doit être collective et la prise de conscience, immédiate. On ne répétera jamais assez les bienfaits de la pratique musicale pour les enfants. Cette rentrée en musique en est une nouvelle fois la preuve. Ne laissons pas le silence gâcher la fête. 

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