Samedi 13 mars 2021
5 min

Sainkho Namtchylak et les chants diphoniques de Touva

Pour écouter du chant diphonique, on peut se rendre en Mongolie, mais aussi en Russie, dans la république de Touva, une région où les chants de gorge appelés également khöömei, sont au cœur des traditions musicales et chamaniques.

Sainkho Namtchylak et les chants diphoniques de Touva
Photo prise par Juhani Jansson et présente dans le livret du disque : Russie/Touva/Melodii Tuvi: Throat songs and folk tunes from Tuva, © Juhani Jansson / Label DUST TO DIGITAL

Elle s’appelle Sainkho Namtchylak et le 11 mars 2021, elle fêtait ses 64 ans. Rare femme à pratiquer le chant diphonique, cette musicienne vient de Touva, une république de Russie frontalière avec la Mongolie.

Dans le Touva, on ne parle d’ailleurs pas beaucoup de “chant diphonique”, on dit plutôt “chants de gorge” et on appelle cette pratique le khöömei, qui veut dire littéralement pharynx. Au-delà d’une pratique, c’est même tout un répertoire qui se divise en plusieurs styles comme le kargyraa qui demande l'utilisation de la voix dans l’extrême grave ce qui donne un aspect très profond, méditatif, qui fait penser aux prières bouddhiques tibétaines...

A l'origine de ces pratiques vocales, il y a les rituels chamaniques. Dans la région de Touva, on utilise le khöömei pour calmer les animaux et apaiser les esprits. Hommes et femmes pratiquaient ce chant de gorge mais dans un cadre souvent intime, personnel. On pouvait chanter quand on était seul au milieu de la nature, d’où cette inspiration d’éléments naturels que l’on entend à travers cette musique. 

De l'intime au public

Après la deuxième guerre mondiale, la pratique est devenue publique. On pouvait entendre du Khöömei sur scène lors de concerts organisés avec les personnes les plus douées pour cette pratique, dont quelques rares femmes, malgré les réticences. La tradition touva disait que cela pouvait poser des problèmes lors des accouchements donc peu de femmes se sont risquées à cette pratique. Les quelques exceptions abordaient principalement trois des différents styles de khöömei : le kargyraa, le khöömei dans sa forme basique et le sygyt. 

Le sygyt veut dire sifflement, il est utilisé pour imiter le chants des oiseaux ou le vent. C’est une technique différente pour chaque style; ici contrairement au kargyraa qui utilise plutôt la vibration, on laisse passer un filet d’air entre les dents ce qui crée une ouverture pour faire passer le son. Dans le chant khöömei classique ou basique il n’y a pas de sifflement dans l’aigu ou de voix dans l’extrême grave, le chanteur utilise des harmonies qui sont relativement proches de son timbre de voix initial. 

Khöömei et autres pratiques musicales

Bien sûr les musiques de Touva ne se résument pas à ces chants de gorge et ce répertoire du khöömei, il y a aussi une richesse de mélodies simples et d’instruments de musique divers… C’est une culture fascinante qui a traversé plusieurs bouleversements au XXe siècle, notamment des changements de noms et l’interdiction dans les années 30 du chamanisme, pourtant au centre des traditions touvaines. 

La chanteuse Sainkho Namtchylak s'est beaucoup inspirée de ce répertoire pour créer son univers, en mélangeant notamment instruments traditionnels, orchestre classe et musiques électroniques. 

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