Mardi 31 août 2021
2 min

Rebecca Clarke : l'amour de l'alto (et des pseudonymes)

En 1919, la compositrice britannique Rebecca Clarke participe à un grand concours où elle remporte le deuxième prix. Or quand son nom est révélé juste après les résultats, personne ne veut y croire : comment une femme peut-elle composer une œuvre aussi pertinente, exigeante, brillante ?

Rebecca Clarke : l'amour de l'alto (et des pseudonymes)
Rebecca Clarke pose avec son instrument., © DR

Qui connait Anthony Trint ? Pas grand monde car ce nom est un pseudonyme, utilisé par la compositrice, violoniste et altiste Rebecca Clarke pour une de ses œuvres. Nous sommes en 1918 à New York, et la musicienne anglaise assiste à la création de sa dernière pièce, Morpheus, lors d'un récital ou plusieurs autres de ses œuvres sont données. Rebecca Clarke ne se contente pas d'écouter, elle joue aussi ce soir-là de l'alto. 

Par modestie - parce que son nom apparaît un peu trop sur le programme - la compositrice décide  d’utiliser un pseudonyme masculin mais uniquement pour la création. Résultat : Morpheus, signée Anthony Trint, est acclamé par les critiques, mais toutes les autres pièces de Rebecca Clarke passent totalement inaperçues.

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Masquer son identité pour mieux gagner ?

Ce ne sera pas la première fois qu’elle obtient du succès en cachant son identité. Un an plus tard, la compositrice participe à un grand concours en proposant une sonate pour alto et piano. Devant cette musique inspirée, le jury s’émerveille, et s’interroge aussi : d’où vient ce génie et cette maîtrise parfaite de l’écriture pour alto ? Sauf qu’il y a dans ce concours, un concurrent de taille : un certain Ernest Bloch… 

Le jury n’arrive pas à se décider. Face au 72 œuvres inscrites, celles de Rebecca Clarke et Ernest Bloch arrivent donc toutes les deux premières. C’est l’organisatrice de l’événement, la mécène Elizabeth Coolidge, qui tranche et donne le premier prix à Bloch, même si la sonate de Clarke résonne encore dans ses oreilles…

Comment une femme peut-elle si bien composer ?

Mais attention, ce n’est qu’après l’annonce des résultats que les noms des lauréats sont dévoilés. Et là, immense surprise, la sonate pour alto et piano tellement appréciée par le jury a été composée par une femme. On commence à douter, certaines critiques attribuent même l'œuvre à un autre, voire à Bloch lui-même... 

La rumeur courait que je n’avais pas composé moi-même cette pièce, que quelqu’un d’autre l’avait écrite pour moi

La compositrice se souviendra de cet épisode des dizaines d’années plus tard dans une interview donnée en 1976, trois ans avant sa disparition : “La rumeur courait que je n’avais pas composé moi-même cette pièce, que quelqu’un d’autre l’avait écrite pour moi.” 

Au-delà de cette anecdote, la sonate pour alto et piano est devenue une des œuvres les plus importantes de la compositrice, et peut-être même une des plus importantes du répertoire instrumental anglais du 20e siècle. 

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