Lundi 12 mars 2018
5 min

Portrait d'Ethel Smyth, compositrice et suffragette britannique

Qui connaît Ethel Smyth ? Compositrice britannique entre deux siècles (fin XIXe et début XXe), Ethel Smyth s'est libérée du carcan familial pour se mettre sérieusement à la composition à Leipzig où elle rencontre Brahms, Tchaïkovski, Clara Schumann ou encore Edvard Grieg...

Portrait d'Ethel Smyth, compositrice et suffragette britannique
Ethel Smyth avec son chien en 1925 , © Getty / Sasha

Comment résumer la vie trépidante de la personnalité hors norme d'Ethel Smyth ? Souvent, on ressort les mêmes anecdotes pour parler de la compositrice britannique. Ses deux mois de prison après une manifestation musclée pour le droit de vote des femmes à Londres. Sa Marche des femmes, hymne des suffragettes qu'elle compose et donne alors en prison, debout sur un tabouret, brosse à dents à la main pour diriger. Ses lettres d'amour à l'auteure Virginia Woolf, sa bisexualité, son tempérament de feu... Des anecdotes dignes d'un roman mais quid de sa musique ? 

Ethel Smyth a pourtant composé six opéras, dont un de ses plus aboutis, The Wreckers (Les Naufragés). Mais c'est son deuxième opéra, Der Wald (La Forêt) qui fait beaucoup parler d'elle puisqu'il est donné au prestigieux Metropolitan Opera de New York. Nous sommes en 1903 et c'est la première fois qu'on donne un opéra composé par une femme dans cette salle, ce qui vaut pour le Met le plus gros succès financier de l'année. Pourtant il faudra attendre 2016 avant que l'institution ne se décide à reprogrammer l'oeuvre d'une compositrice, avec L'amour de loin de Kaija Saariaho

Tombée dans l'oubli

Ethel Smyth est, comme beaucoup d'autres compositrices, tombée dans l'oubli. Pourtant son histoire, son oeuvre, tout était fait pour qu'elle accède à une certaine postérité. Même Tchaïkovski, qu'elle rencontre alors qu'elle étudie à la composition à Leipzig (elle devient la première femme à intégrer le conservatoire en classe de composition dans cette ville), entend ses œuvres et lance : « Son talent donne la promesse d'avenir d'une carrière brillante. »

A cette période de sa vie, la compositrice s'entoure de quelques grands noms de la musique : Brahms, Dvorák, Schumann (Clara plus que Robert), Grieg... Et à 45 ans, elle retourne en Angleterre, pays qu'elle avait fui très jeune pour se lancer dans une carrière musicale que son père ne tolérait pas. Dans son pays natal, Ethel Smyth est une illustre inconnue. Mais cette battante réussit, avec l'aide de l'ex impératrice Eugénie de Montijo, à présenter sa messe au Royal Albert Hall.

Une messe, un événement

Un événement. Les chœurs et orchestre représentent presqu'un millier d'exécutants. On recrute les meilleurs solistes du pays. Le public est conquis.  Seules quelques critiques lui conseillent de restreindre son génie à son sexe et donc d'abandonner cette musique dite virile pour ne se consacrer qu'un des styles plus féminins : mélodies, pièces pour piano, musique de chambre...

Mais Ethel Smyth passe outre. Plus on met d'obstacles sur sa route, plus elle se donne pour les contourner. Cela commence avec l'opposition de son père à sa carrière, cela finit avec sa surdité. Un point commun avec l'un de ses grands inspirateurs : Beethoven. Elle abandonne la composition et se met à l'écriture. Ethel Smyth publie une dizaine d'ouvrages dont ses Mémoires qui révèlent une personnalité origina,e et où l'on peut lire son amour de la musique. 

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