Samedi 21 septembre 2019
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Musiques et chants des Kanak de Nouvelle Calédonie

Pour les journées du patrimoine, allons faire un tour dans le territoire français le plus éloigné de la métropole : la Nouvelle Calédonie. Territoire qui vibre encore des chants et danses traditionnelles des Kanak, population autochtone et majoritaire.

Musiques et chants des Kanak de Nouvelle Calédonie
Nouvelle Calédonie, avril 1997, trois femmes Kanak , © Getty / Patrick MESNER

A 18 000 km de Paris et 22h de vol, nous sommes en Nouvelle-Calédonie. Territoire qui a subi des conflits socio-politiques, notamment au XXe siècle et dont la musique raconte parfois ces temps troublés. Le compositeur et chanteur Arthur Maranin a par exemple rendu hommage dans un chant engagé intitulé Sofanyi Mwarogu, aux indépendantistes morts au combat pour défendre la culture et le peuple kanak, autochtones de la Nouvelle Calédonie. 

Ils constituent la majorité de la population, jusqu’à 96% dans les îles Loyauté, des îles qui ont su préserver leur culture car elles ont été relativement épargnées par le colonialisme par rapport au reste du territoire. La spécificité sur les îles loyauté, ce sont les chœurs, les polyphonies… Une formation musicale qui accompagne les danses traditionnelles. 

Les danses des îles de Nouvelle Calédonie

Souvent, ces danses débutent doucement en musique, le temps pour les danseurs d’arriver sur la piste et de mimer ce que le chant raconte, par exemple dans Be be nod, les exploits d’un héros de l’île de Maré. Mais si on avance un peu dans la musique, le rythme s’intensifie, marqué par des paquets de feuilles frappés, instrument le plus répandu sur les îles Loyauté.

Sur la Grande Terre, île principale de Nouvelle Calédonie, il faut remonter un peu dans l'histoire pour retrouver la trace des danses traditionnelles. En 1853, la France prend possession de la Nouvelle Calédonie. Les grandes cérémonies dansantes et nocturnes qui rassemblaient des Kanak de toute la Grande Terre sont interdites.

La situation se corse à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, quand certains chefs Kanak décident de se rebeller contre la colonisation. La contre attaque est violente et décime une partie de la population kanak qui, à partir de 1897, est parquée dans des réserves et ne peut sortir que sur autorisation administrative. 

Un chant, Veli Ganguc, illustre cette situation et raconte les terres arrachées aux Kanak par les colons. On appelle cette forme de chant aé aé, il accompagne les danses en rond de la Grande Terre, seules danses accompagnées par des chants qui nous reste aujourd'hui, après 150 ans d’interdiction. Le rythme est marqué par des bambous frappés au sol.

Le scandale de l'exposition coloniale

On ne peut pas parler de chants kanak sans revenir sur un des plus anciens enregistrements qui existe, réalisé à l'occasion de l'exposition coloniale de Paris en 1931. L’idée alors est de vanter les bienfaits de la colonisation : on exhibe les peuples des terres colonisées pour affirmer la supériorité de la métropole.

Dans ce cadre-là, 346 enregistrements sonores sont organisés en France pour récupérer un patrimoine, à la fois dans un but scientifique mais aussi pour faire de la propagande. Les Kanak sont les derniers à être enregistrés, les 4 et 6 novembre 1931, trois jours avant la fin d’un calvaire qui aura duré des mois puisqu'une centaine de Kanak ont été exposés dans le zoo du jardin d’acclimatation à Boulogne avec une pancarte indiquant : ‘polygames et cannibales’. Ils étaient pieds nus, à moitié dévêtus, n’avaient pas le droit de parler alors que la plupart s’exprimaient très bien en français et ils devaient mettre en scène leur prétendu cannibalisme. 

Une vaste tromperie organisée : les Kanak pensaient venir présenter leurs coutumes pendant 7 mois, le temps de l’exposition, or le contrat signé dans leur dos faisait état de 2 ans et ils n’ont jamais vu cette fameuse exposition, ils côtoyaient les animaux du zoo. C’était il y a 88 ans. Heureusement depuis, la culture kanak a pu s’affirmer, aujourd’hui les nouvelles générations s’emparent des musiques des ancêtres et quand on entend des chants entraînants comme ceux collectés sur l’île des Pins comme la Danse de Kwenyii, on comprend mieux pourquoi. 

Programmation musicale

Sofanyi Mwârögu - Voix Des Rivages Et Des Montagnes - Nouvelle Calédonie 
Label Buda Records / Année 2010

Ile de maré : Be be nod (Chœur des femmes de la Roche). Nouvelle Calédonie : Danses Et Musiques Kanak Label Vde / Année 1997

Veli ganguc -Voix Des Rivages Et Des Montagnes - Nouvelle Calédonie 
Label Buda Records / Année 2010

Nouvelle-Calédonie : Chant de femmes chœur (canaque mixte) Chant De Guerre - Folklore : Nouvelle-Calédonie  Label Musée De L'homme / Année 1931

Danse de Kwenyii Tribu des Wapa
Année 2009

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