Lundi 4 juin 2018
5 min

Les sorcières dans la musique

L'Opéra Comique ressuscite La Nonne sanglante, oeuvre oubliée de Charles Gounod, qui mêle réel et fantastique. L'occasion pour Aliette de Laleu de revenir sur un des personnages fantastiques féminins très présents dans la musique : la sorcière.

Les sorcières dans la musique
Les sorcières ont inspiré de nombreux compositeurs., © Getty / Thegoodly

En ce moment l’Opéra Comique ressuscite un opéra rare de Gounod, La Nonne sanglante dans lequel une femme, tuée par son amant revient hanter les lieux et souhaite une chose : se venger de son meurtrier. 

Cette oeuvre est longtemps restée dans l’ombre pour différentes raisons : le sujet abordé, un peu morbide, et la figure féminine au centre de l’intrigue : une nonne sanglante très humanisée. Les critiques d’alors reprochent qu’elle chante comme une femme et non comme un spectre, un fantôme, un personnage fantastique, ou comme une sorcière. 

Le sujet est difficile à traiter tant tout ce qui nous reste de leur histoire est dérisoire. Les sorcières existaient bel et bien, depuis le Moyen Âge mais à partir du XIVe siècle et pendant 400 ans, elles sont exterminées et toute trace de leur sorcellerie avec.

Les récits qui ont perduré parlent souvent de danse de sorcières or la danse ne se fait pas sans musique. On peut donc en déduire qu’elles utilisaient la musique pour leurs incantations, mais on ne sait pas à quoi cela pouvait bien ressembler.

Pour compenser ce manque d'information, les compositeurs s’en sont donné à cœur joie pour interpréter, reconstituer, imaginer ce qu’une musique de sorcière pouvait être et on retrouve dans de nombreuses œuvres leur présence : inquiétante, anecdotique, mythique et leurs grands rassemblements nocturnes autrement appelés sabbat.

La nuit de Walpurgis de Mendelssohn en est une des illustrations. Inspirée d’un texte de Goethe, l’oeuvre raconte les célébrations païennes de sorciers et sorcières à la veille de la sainte Walburge, une religieuse anglaise qui aurait fait de nombreuses guérisons miraculeuses.

Les sorcières sont aussi parfois au centre de l'intrigue, notamment à l'opéra, mais c'est un autre type de sorcière à qui l'on a affaire : celles qui nous viennent de l’Antiquité. Des personnages issus de la mythologie, dotés de pouvoirs magiques qui peuvent faire autant le bien que le mal. Et dans la musique, la plus célèbre des sorcières antiques s’appelle Médée.

Il existe deux grandes Médée dans le monde lyrique, celle de Marc-Antoine Charpentier et celle de Luigi Cherubini. Dans cette dernière oeuvre, l’histoire ressemble étrangement à celle de la Nonne sanglante… Une femme trompée, brisée, trahie, qui décide de se venger de celui qui cause son malheur. Mais au lieu de hanter les lieux, elle se transforme en magicienne redoutable, en sorcière, en tue ses propres enfants pour anéantir son ancien amour avec qui elle les a eu. 

L’air Eh quoi, je suis Médée traduit ce moment tragique où la double personnalité des sorcières ressort particulièrement bien : la femme brisée, persécutée humiliée versus la femme forte, respectée, puissante… Une part de personnalité que toutes les femmes possèdent, il suffit juste de réveiller la sorcière qui est en nous.

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