Samedi 26 décembre 2020
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Les chants de révolte des mondine en Italie

On retrouve les mondine au 20e siècle dans la vallée du Pô, région du nord de l’Italie. Les mondine sont ces femmes qui viennent de tout le pays enlever les mauvaises herbes dans les rizières. Un travail saisonnier, difficile et mal rémunéré. Pour se distraire et lutter, les mondine chantaient.

Les chants de révolte des mondine en Italie
Des mondine dans les rizières d'Italie en 1907, © Getty / DEA / BIBLIOTECA AMBROSIANA /

On retrouve l'histoire des mondine dès le 20e siècle dans la vallée du Pô, une région du nord de l’Italie. Ce mot, mondine, est le pluriel de mondina qui veut dire émondeuse, celle qui enlève les plantes parasites. Ici en l'occurrence : les plantes parasites, ce sont les mauvaises herbes dans les rizières. 

Pendant près d’un siècle, des milliers d’Italiennes ont passé plusieurs mois de l’année courbées à effectuer un labeur difficile, intense, et mal rémunéré. Pour se donner du courage et dénoncer ces conditions de travail, elles chantaient. 

Chants de lutte et de liberté

Chanson de lutte, chansons anti-patronales, chansons pour se divertir aussi, les mondines n’avaient pas beaucoup de limites. En même temps il faut imaginer l’ambiance : des jeunes filles qui ont quasiment toutes entre 18 et 25 ans et qui viennent vivre ensemble plusieurs semaines pour ce travail saisonnier. Elles logent dans des grands dortoirs, hébergées par les patrons et elles sont libres : pas de maris ni d’enfants dans les parages. 

Dans les rizières, elles créent de longues files pour guetter les mauvaises herbes, les arracher et les enfoncer loin dans la terre humide. Pendant longtemps, les heures n’étaient pas comptées, et les mondine étaient payées à la journée. Conscientes de cette injustice, leurs chants ont alors commencé à prendre des allures de revendications et de lutte. 

Monsieur le patron aux beaux pantalons blancs, sortez votre argent qu’on rentre à la maison

“Si huit heures vous semble peu, essayez donc de les travailler et vous sentirez la différence entre trimer et commander.” Les paroles de ce chant font directement référence à une des grandes revendications des mondine au début du 20 siècle : travailler huit par jour maximum. Cette durée sera de nouveau débattue au début des années 60, grâce à leur détermination, les Italiennes obtiendront de travailler 7h par jour. 

Parmi tous ces chants, plusieurs d’entre eux sont par la suite devenus des hymnes de résistance, repris dans diverses manifestations. Celui-ci par exemple dit : “Monsieur le patron aux beaux pantalons blancs, sortez votre argent qu’on rentre à la maison”. La lutte des mondine a inspiré en Italie des mouvements syndicalistes, prolétaires, ouvriers et des mouvements féministes. 

Impossible de faire l’impasse sur Bella Ciao quand on parle de l’histoire des mondine… Chant ultra populaire, il serait né dans les rizières, porté par ces femmes italiennes. L’origine est cependant floue, comme pour toute musique populaire de tradition orale, et surtout, quand il s’agit d’attribuer un chant aussi célèbre aux femmes, les contradicteurs n’hésitent pas à bien se faire entendre. 

Difficile donc de retracer l’histoire des paroles et de la mélodie, mais il est certain que les mondine ont interprété ce chant, avant qu’il soit repris par les partisans italiens pendant la Seconde Guerre mondiale, et avant qu’il devienne ce chant que tout le monde connaît par cœur aujourd’hui. 

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