Samedi 30 janvier 2021
5 min

Le kulning, un chant ancestral féminin pour appeler les troupeaux dans les pays nordiques

Comme un appel mystérieux, le kulning est une mélodie très aigue qui porte jusqu'à 5km et peut atteindre les 125 décibels. Cette pratique a été utilisée pendant des siècles par les bergères dans les pays scandinaves pour qu'elles rassemblent leurs troupeaux les soirs d'été.

Le kulning, un chant ancestral féminin pour appeler les troupeaux dans les pays nordiques
La technique du kulning est utilisée depuis des millénaires pour appeler les bêtes, © Getty / Anna Lindqvist / EyeEm

Le kulning est une technique vocale, mais c’est surtout une tradition très ancienne, qui date probablement du Moyen Age. Il faut alors s’imaginer dans les forêts et les pâturages de Norvège et de Suède en plein été, quand les bêtes et les troupeaux profitent de tout l’espace pour brouter tranquillement… Et là, au milieu du silence, on entend cet appel mystérieux. 

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Ce chant vient des bergers, en l'occurrence des bergères. Cette mélodie suraiguë permet de projeter la voix très loin, jusqu’à parfois plus de 5km, pour que les bêtes entendent et reviennent le soir se rassembler. Dans les pays nordiques, cette tâche de s’occuper des troupeaux l’été était essentiellement réservée aux femmes. Elles quittaient leur village pour s’installer plusieurs mois dans ce qu’on appelle des fäbods, des pâturages avec des fermes pour fabriquer du fromage. 

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Communiquer avec les animaux, mais aussi entre bergères

Chaque chant, chaque appel, possède une certaine fonction. Même si la plupart de ces kulning servent à rassembler les animaux, parfois les bergères l'utilise pour communiquer entre elles, comme un langage sifflé. Et puis la tonalité et la mélodie change en fonction des bêtes à appeler : les vaches ne réagissent pas de la même manière que les chèvres. 

Les animaux comprennent qu’on s’adresse à eux comme avec un chien que l’on peut appeler et qui reconnaît la voix de son maître. D’ailleurs chaque village possède ses propres chants. Les troupeaux sont attachés à une voix, une mélodie qui se répète tous les jours et ils obéissent à ce kulning là et pas un autre. 

Je les appelle, mais je leur parle aussi, je chante comme un moyen de communiquer avec elles parce qu’elles font partie de ma famille

Une ancienne bergère témoigne dans un article de la BBC et elle dit qu’au-delà de cet appel fonctionnel, cette technique permettait aussi de créer un lien avec ses vaches. Elle raconte : “Je les appelle, mais je leur parle aussi, je chante comme un moyen de communiquer avec elles parce qu’elles font partie de ma famille."

Perpétuer une tradition qui se perd

Des anciennes bergères ont cherché à perpétuer cette tradition en enregistrant leurs voix. La pratique du kulning disparaît progressivement dès les années 1960 quand les troupeaux n'ont plus besoin d'aller dans les pâturages l'été. Aujourd’hui ce chant est devenu à la fois une inspiration musicale pour des concerts folkloriques, des chansons et des musiques du monde entier, mais c’est aussi une forme de spiritualité que les femmes s’approprient : il y a cette proximité avec la nature, les animaux, cette capacité de libérer un son presque inhumain qui envoûte, on pense un peu à l’appel des sirènes en entendant ces kulnings. 

Il y a différentes formes de réappropriation de ces mélodies. C’est une manière d’honorer le travail des bergères qui étaient confrontées à de nombreux dangers comme les animaux sauvages rien que ça et qui n’arrêtaient pas du matin au soir parce qu’il fallait veiller les bêtes, fabriquer les fromages, traire les vaches, fabriquaient des balais, elles tricotaient, s’occupaient du ménage et de l’entretien des fermes... Ce qui donnait des journées souvent de 16h de travail.

Pour entendre d'autres extraits de kulning, lire cet article sur Folk Life. Archives sonores du Dalarnas museum.

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