Samedi 25 avril 2020
5 min

La musique du Portugal vue par un ethnologue corse

Le 25 avril 1974, le Portugal renverse le régime salazariste. C'est la Révolution des Œillets, qui sort le pays de 40 ans de dictature. Pendant cette période, un ethnologue corse, Michel Giacometti collecte la musique traditionnelle dans les campagnes portugaises créant des archives précieuses.

La musique du Portugal vue par un ethnologue corse
Michel Giacometti, à gauche, avec un musicien portugais. Extrait de l'émission Povo que Canta, © Capture écran émission Povo que Canta / Irukandj

Le 25 avril, c'est le jour de la révolution des œillets. En mars et avril 1974, le Portugal se bat contre la dictature de Salazar qui sévit dans le pays depuis 40 ans. Et c’est un 25 avril que le régime salazariste est renversé. Depuis ce jour est férié au Portugal et on l’appelle la “Fête de la liberté”. Ce matin, ce sera donc musique portugaise au programme...

Ce chant polyphonique a été enregistré par Michel Giacometti, un ethnologue corse qui, dès 1959, a passé plus de 30 ans à arpenter la campagne portugaise et capter sa musique, ses chants et ses voix. A l’époque, en tant que Français, il n’avait pas le droit de travailler dans des institutions, faire de la recherche ou collaborer avec des musées. Il a donc décidé de partir seul faire ses enquêtes de terrain sur tout le territoire.

Si on parle d’ethnologie et pas d’ethnomusicologie, c’est que Michel Giacometti est un cas un peu à part… L’ethnomusicologue collecte et analyse les musiques collectés. Giacometti, lui, n’a jamais analysé les fichiers sonores qu’il ramenait de ses missions. Ce travail était confié au compositeur Fernando Lopez Garça. 

Un travail colossal. Pour avoir une petite idée, Giacometti, avec ses 95 mois de terrain, a constitué un corpus de 50 000 fiches où sont inscrites les paroles et mélodies des chants qu’il a pu enregistré sur place, comme celui ici interprété par Catarina Chitas. 

Pour remettre en contexte. Quand Giacometti parcourt les campagnes, le régime interdit l’ethnologie, et la musique traditionnelle est représentée par le régime via des groupes de musiques folkloriques qui doivent montrer une image parfaite et heureuse du pays. 

Les enregistrements de Giacometti vont donc montrer la réalité des musiques que l’on appelle traditionnelles, et surtout il va pour la première fois, présenter toute la richesse et la diversité des chants et musiques instrumentales du Portugal.

Cette mélodie s’appelle le chant des âmes, elle est interprétée par un groupe d’hommes et de femmes le soir du Carême en échange d’un peu d’argent. C’est un chant polyphonique, une forme musicale dont on ne soupçonnait même pas l’existence dans les campagnes portugaises.  

Grâce à tous les enregistrements de Giacometti, le Portugal a donc renoué avec sa musique traditionnelle et son identité culturelle. L’ethnologue y a contribué notamment en réalisant une série d’émissions télévisées appelée “le peuple qui chante”, émission diffusée entre les années 70 et 74 malgré un régime hostile à ce genre de démarche. 

Enfin, Michel Giacometti a aussi lutté directement contre la dictature de Salazar. Il a organisé la fuite de milliers de militants et militantes clandestins faisant de lui un héros national à plusieurs titres. 

L'équipe de l'émission :