Samedi 12 septembre 2020
5 min

La musique des femmes touarègues

Chez les Touaregs, qui s'appellent d'ailleurs Kel Tamasheq, la tradition musicale est portée par les femmes. Elles seules ont l’autorisation de jouer des deux instruments de musique traditionnels de ces communautés nomades : le tindé et l'amzad.

La musique des femmes touarègues
Femme touareg jouant de l'imzad, © Getty / Eye Ubiquitous

Les Touaregs se nomment entre eux Kel Tamasheq, du nom de leur langue berbère : le tamasheq. Une langue parlée et chantée. Dans la musique touareg il existe une particularité : elle est jouée par les femmes. 

Dans la tradition musicale les deux instruments de musique touaregs sont réservés aux femmes. Le premier s’appelle le tindé, sorte de tambour fabriqué à partir d’un mortier sur lequel est tendu une peau de bouc. Cet instrument est éphémère c’est à dire qu’on le fabrique pour l’occasion et une fois qu’on y a joué, on récupère le mortier. Une astuce qui va de pair avec la vie de nomade évidemment.

Le tindé et l'amzad

Le second instrument est un instrument à cordes, il s’appelle amzad, sorte de vièle à une corde jouée donc avec un archet. Cet instrument touareg a failli disparaître au début du 21e siècle : seules deux femmes en jouaient encore sur les 5 pays africains où sont réparties ces communautés nomades. L’amzad a été sauvegardé grâce notamment à une association algérienne : “Sauver l’imzad”. Grâce à cette campagne, l’instrument est aujourd’hui classé au patrimoine universel de l’unesco. 

Pourquoi ces instruments sont-ils réservés aux femmes ? Dans leur tradition, les “hommes s’occupent du troupeau et font la guerre alors que les femmes jouent de l’amzad et du tindé pour les hommes qui montent leur chameau”. Fermé les guillemets. Les femmes en réalité font bien plus que de la musique chez les Kel Tamasheq. Le système est matrilinéaire c’est à dire que ce sont elles qui possèdent, gèrent et héritent des biens. Elles s’occupent aussi de l’éducation des enfants qui reçoivent aussi le rang social de leur mère. Elles peuvent choisir leurs maris, divorcer et dans ce cas c’est à l’homme de quitter la tente et tous les biens du couple. 

L'arrivée de la guitare

La musique touareg prend un tournant à partir des années 70 avec l’arrivée d’un nouvel instrument, la guitare. Au début clandestine, interdite, la guitare prend de l’ampleur jusqu’à propulser des musiciens touaregs sur la scène internationale. Des groupes de musique se constituent mais seules quelques femmes arrivent à se faire une place dans ce milieu, surtout à partir des années 90.

Le groupe Tartit originaire de la région de Tombouctou au Mali est un des exemples de musiciennes touaregs qui ont percé sur la scène musicale. Aujourd’hui, un autre groupe fait beaucoup parler de lui : les filles de l’Illighadad. Des cousines originaires d’un petit village reculé du Niger. 

Sur scène, elles convoquent le répertoire musical touareg, avec ses instruments traditionnels, le tout mêlé au son de leurs voix et des guitares électriques. La voix des filles de l’Illighadad sonne comme un bel hommage à la musique touareg portée par les femmes pendant des siècles. 

La musique des femmes touarègues en vidéo

Chant de jeune femmede l'Adrar, Chant des Irreguenaten, Chanson de femme [enregistrements sonores] / Extraits de la collection : Mission Henri Lhote, Sahara, Lhote, Henri (collecteur), Algérie - région du Hoggar (populations touaregs), 1948.

Provenance : « Archives sonores du CNRS – Musée de l’Homme », gérées par le Centre de Recherche en Ethnomusicologie (Lesc UMR 7186, CNRS - Université Paris Nanterre) avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication

Accès public en ligne :

https://archives.crem-cnrs.fr/archives/collections/CNRSMH_I_1984_006/

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