Samedi 28 septembre 2019
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La Hadra des ensembles féminins marocains

Les Marocaines donnent de la voix : en signant un manifeste le 23 septembre qui réclame le droit de disposer de leur corps, et en se réappropriant la musique de la Hadra, issue d'un rituel soufi. Des ensembles 100% féminins interprètent cette musique sacrée et la portent à son sommet.

La Hadra des ensembles féminins marocains
L'ensemble des femmes de Taroudant , © Getty / Gina Ferazzi / Contributeur

Lundi 23 septembre 2019, un manifeste signé par des centaines de marocaines a été diffusé dans les médias. Ces femmes se déclarent hors-la-loi, elles écrivent : « Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n'ont plus lieu d'être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d'un avortement ». Une manière de défendre la précieuse liberté de disposer de son corps... 

Mais le Maroc et les femmes, c'est aussi un sujet qui concerne la musique. Depuis plusieurs années, des ensembles 100% féminins se réapproprient les musiques sacrées du pays, notamment la Hadra, une musique empruntée aux rituels soufis. Le soufisme est une vision mystique de l’Islam, un cheminement spirituel personnel qui se partage aussi au sein de communautés et à travers différents arts : poésie, calligraphie, danse ou musique. 

Réappropriation d'une musique de l'extase

Des musiciennes marocaines se sont donc emparées de la Hadra qui à l’origine était jouée uniquement dans des cercles privés et fermés. Aujourd’hui, il existe même un festival international de la Hadra féminine créé en 2013 à Essaouira au Maroc. Festival dans lequel on peut entendre des ensembles féminins jouer cette musique de l’extase… 

Souvent dans la Hadra, le début est calme, puis le rythme s’intensifie, parfois il met de longues minutes à arriver, tout cet effet pour installer une forme de transe : les confréries religieuses soufies pratiquent cette musique à la fin d’un rituel. 

Aujourd’hui la Hadra est devenue accessible, grand public, et si les marocaines ont réussi à s’en emparer c’est grâce à son caractère religieux, mais grâce aussi à la ténacité de certaines femmes comme Rhoum El Bakkali avec la création de son ensemble 100% féminin. 

Rhoum El Bakkali est originaire de Chefchaouen, la ville bleue, située dans les montagnes du Rif dans le nord ouest marocain. Une ville pas vraiment réputée pour sa défense de la liberté des femmes mais une ville très pieuse.

La musicienne porte la musique soufie à son sommet, un art religieux, une musique religieuse et donc tolérée dans la pratique féminine. Rhoum El Bakkali fonde en 2004 une association appelée Les soeurs de l’art originel dans laquelle elle enseigne la technique traditionnelle de la Hadra. 

Une tradition féminine à Chefchaouen

Elle peut se le permettre car cette Marocaine est douée : elle remporte deux premiers prix dans le conservatoire de sa ville et son nom vient d’une lignée de l’ordre soufi des Bekkaliya, dans lequel on retrouve une personnalité marquante, la sainte Cherifa Lalla Hiba Bellaliya qui est à l’origine de cette tradition de la Hadra féminine à Chefchaouen depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. 

Même si on a l’impression en entendant ces ensembles 100% féminins que les marocaines peuvent s’exprimer en musique il faut bien garder en tête que c’est notamment pour le côté religieux qu’elles sont tolérées en tant que musiciennes dans leur pays. Certains interdits persistent, notamment sur la pratique d’un instrument, le guembri, réservé aux hommes et considéré comme sacré chez les gnaouas. 

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