Samedi 26 octobre 2019
5 min

Krar, begena et masenqo : la musique éthiopienne et ses instruments à cordes

En octobre, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a reçu le prix Nobel de la paix, distinction qui ébranle l'Ethiopie car derrière le symbole, c'est la réalité d'un pays qui parle : un pays fragile, divisé, mais un pays aussi riche d'une culture et de traditions musicales extraordinaires.

Krar, begena et masenqo : la musique éthiopienne et ses instruments à cordes
Asnatqètch Wèrqu, comédienne, compositrice et joueuse de krar éthiopienne, © CaptureYoutube/Asnatqètch Wèrqu

Derrière les manifestations liées à la remise du prix Nobel de la paix au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, il y a la réalité d’un pays complexe, divisé, mais un pays qui offre des richesses musicales extraordinaires. Une musique traditionnelle que l'on découvre dans cette chronique à travers trois instruments de musique à cordes éthiopiens  : le krar, le masenqo et l’étrange begena... 

En Ethiopie, le begena peut être classé dans la catégorie des instruments de musique sacrés puisqu’il est utilisé dans le dogme de l’Eglise orthodoxe tewahedo. Il fait partie de la famille des lyres et possède 10 cordes. Ce chiffre est important puisque selon la tradition ces 10 cordes correspondent aux 10 commandements. L’instrument lui-même est symbolique de par son histoire : la légende raconte qu’il aurait été rapporté par Ménélik 1er, premier empereur d’Ethiopie qui l’aurait reçu du roi David qui lui-même l’aurait reçu de Dieu.

Jouer du begena n’est donc pas à la portée de tout le monde. C’est un instrument qui a longtemps été réservé à une certaine élite, aux nobles et aux lettrés. Et cas assez rare pour être souligné quand on parle d’instrument sacré, il peut être joué aussi bien par les hommes que par les femmes.

Sosenna Gebre Yedy par exemple s'est illustrée dans l'art du begena et a été enregistrée en 2005 par l’ethnomusicologue Stéphanie Weisser. L'instrument accompagne un chant aux thèmes pas toujours très joyeux : on y parle beaucoup de mort et d’inutilité de l’existence sur Terre… Mais il y a une dimension cathartique derrière cette musique, c’est ce que Stéphanie Weisser explique dans ses recherches : les chants de begena servent de médiation avec le divin. Le musicien ou la musicienne sert de relais de la parole humaine vers Dieu. Il n’y a pas de côté performance, l’instrumentiste s’efface, au sens propre comme au figuré puisqu’il ou elle se drape dans un tissu blanc traditionnel, croisé sur la poitrine pour les hommes et à la manière d’un voile pour les femmes. 

Le krar et le masenqo

Quittons la dimension religieuse pour se tourner vers les azmaris, un terme que l’on pourrait traduire comme saltimbanque, troubadour.. en prenant en compte le côté un peu péjoratif : on a vu le begena, instrument noble par excellence, maintenant on va parler d’instruments plus populaires : le krar et le masenqo. 

On commence avec le moins connu, le masenqo, qui se joue avec un archet contrairement au krar, beaucoup plus célèbre, et qui a surtout rendu célèbre des artistes éthiopiens et éthiopiennes, comme Asnatqetch Werqu.

Cette Ethiopienne a commencé par la danse et le théâtre : dans les années 50 elle est la première femme à monter sur les planches. Jusqu’alors en Ethiopie, les hommes se travestissaient pour jouer les personnages féminins. Mais c’est surtout grâce à son jeu au krar qu’elle devient célèbre dans son pays et dans le monde. La virtuosité de cet instrument traditionnel, qui est une sorte de lyre à 6 cordes, repose sur l’improvisation, et sur la capacité à trouver le bon mot, à être poétique… 

C’est dans cet art que la musicienne s’est illustré, notamment avec des chansons sur la solitude et l’amour… Des chansons interdites dans les années 70 en Ethiopie, puis rééditées par le label Buda Musique dans les années 2000 qui lui a consacré un volume entier, c’est dire l’importance et l’influence de cette musicienne éthiopienne.

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