Samedi 25 janvier 2020
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Honorer les ancêtres esclaves avec le maloya réunionnais

Sur l'île de la Réunion, une des grandes traditions musicales s'appelle le maloya. A la fois chant, danse et musique, le maloya permet d'honorer la mémoire des ancêtres esclaves de l'île, et a été utilisé par la suite comme un moyen de contestation du pouvoir en place.

Honorer les ancêtres esclaves avec le maloya réunionnais
Sur l'île de la Réunion, deux traditions musicales sont célèbres : le maloya et le séga, © Getty / Sylvain Grandadam

Le concours Voix des Outre-mer a sacré en ce début d’année le baryton Aslam Safla, il succède à Marie-Laure Garnier, lauréate de l’édition 2019. Et le chanteur est originaire de l’île de la Réunion. 

Si on parle de la Réunion, on ne peut pas faire l’impasse sur le “maloya”. Une musique, une danse, une tradition qui retrace l’histoire de cette île et dit beaucoup de son identité. Ce genre musical puise ses racines dans le culte des ancêtres malgaches et plus largement africains. C’est donc une musique plutôt de rituels, une musique sacrée pour invoquer les esprits. 

Interdiction du maloya sur l'île

Mais il existe aussi un autre maloya... Un maloya politique, un maloya qui rappelle le lourd passif des esclaves sur l’île de la Réunion qui n’avait d’autre divertissement que de chanter au milieu des champs de cannes à sucre. L’île a commencé à être habité tard, au 17e siècle, par des colons français puis par des esclaves venus de Madagascar, du continent africain et de l’Inde... 

En 1848 est proclamé sur l’île l’abolition de l’esclavage, mais le maloya qui était chanté et dansé en cachette par les esclaves, perdure. Il devient la mémoire de ces esclaves et une forme de contestation face au pouvoir. A tel point qu’il est interdit par les autorités françaises à la fin des années 50…

Le simple fait de posséder un des instruments traditionnels utiles à la pratique du maloya, comme le rouler, le triangle, le bobre ou le kavya est réprimé. Mais grâce à une jeunesse militante et à l’appui du Parti communiste réunionnais, le maloya survit à cette interdiction qui a perduré jusqu’en 1981. 

Jeunesse militante et figures du maloya

Cette jeunesse se fait surtout entendre dans les années 70, l’enregistrement que l’on est en train d’écouter correspond à cette période. Et le groupe que l’on entend se nomme la Troupe Résistance. L’ensemble a été fondé à la fin des années 50, par un personnage clé de la musique réunionnaise : Simon Lagarrigue. C’est d’ailleurs sa voix que l’on entendait dans l’extrait sonore précédent. 

Il fait partie des figures du mayola, tout comme son beau-frère, dont on connaît un peu plus le nom : Firmin Viry...

Dans une chanson, Firmin chante : “Tu me regardes, je te regarde. Ta manière est renversante. Seule ma couleur est différente. Mais le sang dans les veines est de la même couleur, et quand nous faisons l’amour, nous le faisons de la même façon.” Il écrivait aussi : “Mon souhait, mon rêve, c’est d’espérer que ce rythme fasse toujours vibrer les coeurs et que la génération future gardera à jamais en mémoire le Maloya”. 

Il semblerait que son voeu soit exaucé tant le maloya aujourd’hui sur l’île de la Réunion est célébré, notamment le 20 décembre pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage sur l’île. Firmin Viry, de par ses origines, représente toute la diversité de la Réunion : il avait une grand-mère indienne, un grand-père du Mozambique, une mère créole et un père tamoul. 

Le maloya sur l’île de la Réunion peut aussi être féminin. Une des grandes figures et représentantes s’appelait Madame Baba, elle est morte en 2014, et c’est elle qui organisait les plus grands “servis kabaré” ou “servis malgache”, cérémonies en hommage aux ancêtres… Elle recevait chez elle des centaines de personnes qui dansaient et chantaient… du maloya bien sûr.

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