Samedi 24 octobre 2020
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50 ans de l’Orchestra Baobab, symbole d'immortalité

Un demi-siècle de musiques, d'enregistrements, de concerts, de deuils aussi. Pourtant, 50 ans après, Orchestra Baobab est toujours debout. La formation sénégalise aux multiples influences réédite cette année un de leur album, Specialist in All Styles, en version vinyle.

50 ans de l’Orchestra Baobab, symbole d'immortalité
L'Orchestra Baobab en concert en avril 2004 avec ici sur la photo : Rudy Gomis à gauche et Issa Cissokho., © Getty / Hiroyuki Ito

Un demi-siècle. Un demi-siècle de musique, de concerts, d’enregistrements… Mais aussi un demi-siècle de silences, de deuils, de pauses. Alors vient une question : qu’est-ce qui ne meurt jamais ? Et bien avec Orchestra Baobab nous avons la réponse : la liberté, la musique et les baobab.

« On nous croyait morts, mais un baobab ça ne meurt jamais. Même desséché, il refait de jeunes pousses et renaît ». Il y a 13 ans, les musiciens de l’Orchestra Baobab témoignaient de leur retour inattendu dans les colonnes du journal Le Monde.  

Le groupe a disparu au début des années 80 pour ressurgir 20 ans plus tard. Et 20 ans, c’est long. Mais avant de parler de ce grand retour, revenons au début… Nous sommes au Sénégal dans les années 70, soit dix ans après l’indépendance du pays. Dans la capitale, Dakar, un nouveau club ouvre ses portes : le club Baobab. Pour animer les soirées, l’équipe débauche des musiciens d’un autre club de la ville et créé ce qui deviendra l’un des groupes les plus populaires au niveau national puis international : l’Orchestra Baobab.

Pourquoi un tel succès ? 

Dans leur capacité à s’inspirer de musiques, de rythmes, de mélodies, de genres différents, l'Orchestra Baobab réussit à faire quelque chose d’unique et de toujours réussi. Dans cet ensemble, les musiciens viennent du Sénégal, mais aussi du Bénin, du Togo, du Maroc ou du Mali. 

Ils puisent leurs influences dans le jazz, la soul, les rythmes capverdiens, la rumba congolaise, la musique cubaine, créole. Ajoutez à cela les traditions mandingues et wolof, propres aux pays d’Afrique de l’ouest, et vous avez un cocktail explosif qui va faire danser l’élite sénégalaise et les touristes de passage au club Baobab pendant presque dix ans. 

L’Orchestra Baobab va subir un premier coup dur avec le décès brutal d’une de leurs grandes voix. Laye Mboup meurt en 1975 dans un accident de voiture. Mais ça n’arrêtera pas le groupe. Ils sont à ce moment-là une douzaine de musiciens. Il n’y a pas un leader auprès de qui tout tourne. Alors l’Orchestra Baobab va continuer à faire ce qu’il sait faire de mieux : jouer. Pour honorer leur ami, c’est le jeune Ndioug Dieng qui va prendre le micro et chanter un bel hommage au musicien

On connaît assez bien le côté dansant de la musique de l’Orchestra Baobab puisqu’ils ont été connus (et payés) pour ça pendant des années. Mais il y a dans leur musique une profonde mélancolie, de celle qui rend hommage aux disparus, que ce soit des figures de leurs traditions, héros de l’indépendance, ou des membres du groupe disparus. 

Une mélancolie aussi qui annonce la fin de quelque chose comme au début des années 80 quand le groupe chante Utrus Horas, une de leurs grandes chansons. Utrus horas qui veut dire Autrefois en créole. 

Au Sénégal, une nouvelle génération pointe, la musique prend un tournant avec la montée du mbalax au son des tambours. Le jeune Youssou Ndour se fait un nom et, eux, les musiciens du Baobab appartiennent déjà au passé pour reprendre les mots de l’écrivain Sylvain Prudhomme

L’Orchestra Baobab va s’essouffler jusqu’à sa complète disparition. Les musiciens se reconvertissent en laissant derrière eux de nombreux enregistrements qui ont fait leurs heures de gloire. Il faudra attendre 2002 pour la résurrection du groupe sous l’impulsion du producteur britannique Nick Gold. L’album Specialist in all styles sort. Les musiciens de l’Orchestra Baobab reviennent sur le devant de la scène et depuis, ne cessent de se réinventer avec notamment un très bel album sorti en 2017, Tribute to Ndiouga Dieng, un des membres fondateurs mort au moment de l’enregistrement… 

Rendre hommage en musique et ne jamais laisser la tristesse ou le deuil faire place au silence, c’est la leçon de l’Orchestra Baobab qui fête cette année ses 50 ans. Un anniversaire marqué par une nouvelle disparition, celle de Balla Sidibé cet été, une des grandes voix de l'ensemble. Mais un anniversaire marqué aussi pour la réédition en vinyle de l’album de leur renaissance : Spécialiste de tous les styles. Je vous l’avais dit : l’Orchestra Baobab est immortel. 

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