Samedi 15 mai 2021
5 min

Le chant des Goze, musiciennes itinérantes et aveugles du Japon

Les Goze sont des musiciennes itinérantes non-voyantes du Japon. Leur tradition remonte sûrement à la période médiévale, voire antique. Les premières archives qui racontent leur histoire remontent à l’époque d’Edo, dès 1600.

Le chant des Goze, musiciennes itinérantes et aveugles du Japon
Musicienne de rue au Japon avec son shamisen. Image de 1920., © Getty / Carl Simon / United Archives

Les Goze, des musiciennes itinérantes et non-voyantes japonaises répondent à une organisation très codifiée. Le principe d'origine, c’est le regroupement de femmes aveugles autour de la musique. Elles apprennent pendant plusieurs années le chant et la pratique du shamisen, luth traditionnel japonais, auprès de professeures appelées “mères”. Une fois prêtes, elles partent sur les routes lors de longues tournées pour chanter et gagner leur vie.

Ces femmes sont indépendantes, courageuses aussi parce qu’il faut parfois marcher de longs jours dans les montagnes et elles possèdent en plus une sensibilité artistique. Les règles de ces communautés sont strictes. La plus importante à laquelle il ne faut pas déroger c’est celle du célibat. Ces musiciennes n’ont pas le droit d’avoir une relation avec un homme, de tomber enceinte, de se marier, sous peine d’être expulsée. Elles vivent un peu comme des nonnes.

Une réputation à tenir

Mais ce n’est pas pour le côté sacré, même si dans leur répertoire il peut y avoir des textes religieux, si elles doivent obéir à cette règle de célibat c’est surtout, à certaines époques, pour les protéger d’une mauvaise réputation. Ce sont des femmes seules, qui marchent, qui vagabondent, qui vont de porte en porte, il faut donc qu’elles soient irréprochables sur le plan moral pour être acceptées, payées et prises au sérieux.

La dernière Goze connue, Haru Kobayashi, est morte en 2005 à l’âge de 105 ans. Elle est née en 1900, elle perd la vue bébé, et commence son apprentissage à l’âge de 5 ans. Trois ans plus tard, elle est sur les routes avec d’autres Goze et va continuer jusqu’à la fin de sa vie à chanter, il existe un enregistre de sa voix à 96 ans. 

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Les Goze chantaient des textes inspirés de Confucius ou du bouddhisme, elles pouvaient reprendre des grands mythes, parler de faits historiques anciens ou récents, elles pouvaient chanter des textes humoristiques et d’autres très poétiques autour des relations et de l’amour. Elles s’adaptaient aussi à leur public et dans les zones rurales, elles pouvaient interpréter les chants folkloriques de célébrations ou pour certaines fêtes païennes.

Un répertoire sauvegardé par les dernières Goze

Grâce aux dernières générations de Goze qui ont voulu sauvegarder et transmettre ces chansons, il existe aujourd’hui des partitions et même un musée consacré à cette culture. On doit cette sauvegarde, entre autres, à Haru Kobayashi mais aussi à deux sœurs (les règles de célibat ont évolué au XXe siècle) Sugimoto Shizu et Namba Kotomi qui se sont retrouvées dans la même maison de retraite que Haru Kobayashi. Toutes les trois ont donné des concerts et des cours pour faire vivre leur tradition. Il se trouve que ses deux sœurs ont elles-mêmes appris cette musique par leur mère, une Goze du nom de Sugimoto Kikui, une femme dont il existe un enregistrement de 1964 que l'on entend dans cette chronique.

Pour aller plus loin...

Les musiciens aveugles itinérants au Japon du Moyen Âge au XXe siècle : entre « culture de la cécité » et culture populaire, par Anne-Lise Mithout.

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