Samedi 15 février 2020
5 min

Polyphonies et sociétés matriarcales chez les aborigènes de Taïwan

A Taïwan, les aborigènes représentent 2% de la population de l'île. Aujourd'hui, les ethnies utilisent le tourisme pour préserver leurs coutumes et traditions, notamment leurs musiques et chants. Autant de trésors qui racontent l'histoire de cette île, comme celle des sociétés matriarcales établies.

Polyphonies et sociétés matriarcales chez les aborigènes de Taïwan
Taitung (Taïwan), une femme âgée de l'ethnie des Paiwan dans ses habits traditionnels., © Getty / Alberto Buzzola

Yami, Ataya, Amis, Paiwan, Puyuma, Bunun, Trulu, Tsou, Rukai… Ces noms correspondent aux différentes ethnies aborigènes de Taïwan, île située à l’est de la Chine qui vit en conflit permanent avec son voisin : Pékin ne reconnaît pas son indépendance. 

Le conflit est aggravé ces derniers temps par le Coronavirus puisque Taiwan est exclue des discussions autour de cette crise sanitaire. Mais trêve de géopolitique et place à la musique. Les aborigènes de Taiwan représentent environ 2% de la population de l’île. L’Etat reconnait 16 ethnies, qui se divisent ensuite en sous-groupes…

Le Pasi but but des Bunun

Chaque communauté répond à ses propres règles, coutumes, traditions et musiques.  On retrouve des mélodies, des rythmes, des structures très différentes selon les ethnies... Prenons par exemple les Bunun.

Dans cette communauté, le chant est polyphonique et homorythmique. Un plus particulièrement attire l’attention, il s’appelle Pasi but but, il est chanté par un choeur d’hommes qui se tiennent par les bras et tournent en rond dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Une première voix grave s’élève doucement, puis d’autres se mêlent dans un immense crescendo.

Ce chant est destiné à favoriser la croissance du millet. Comme une prière, les Bunun utilise ce chant au moment de la germination. Le millet dans leur communauté est une plante presque sacrée, elle a une âme, des sentiments et donc un chant à sa gloire. 

Les Amis, une société matriarcale

Autre communauté, autre musique, autre fonctionnement : les Amis, qui veut dire ‘peuple splendide’ (et représente le plus grand groupe des aborigène de Taïwan) l'ethnie repose sur un système matriarcal.  

A l’origine, chaque habitation est composée d’une famille élargie dirigée par la femme la plus âgée. Les jeunes hommes célibataires sont alors répartis dans des maisons communautaires jusqu’au moment où ils se marient et rejoignent alors la famille de leur épouse. Chez les Amis, hommes et femmes peuvent être chaman, une figure qui utilise la musique pour soigner, comme on peut l’entendre dans ce chant de guérison. 

Enfin, une autre communauté où les femmes ont le pouvoir c'est celle des Puyuma, tribu qui repose sur un système de propriété matrilinéiaire, c’est à dire que dans la majorité des cas la richesse de la famille revenait à la fille aînée. Et question musique, les chants sont plus structurés et développés que dans les communautés voisines…

Evidemment, comme pour presque toutes les îles habitées depuis des millénaires par des autochtones, la colonisation a fait beaucoup de mal à ces communautés. Aujourd’hui, les aborigènes de Taïwan vivent pour la plupart du tourisme et utilisent leurs chants qu’ils donnent en spectacle et mêlent aussi aux musiques actuelles. Une manière de préserver leur culture. 

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