Samedi 13 février 2021
5 min

Ethiopie : chants d'amour dans un pays en conflit

Une chronique spéciale Saint-Valentin avec des chants d'amour éthiopiens. A travers des extraits de deux albums de musiques traditionnelles d'Ethiopie, on rencontre des voix, notamment celles d'Ejigayehu Shibabaw dite Gigi et celle de Mary Armede.

Ethiopie : chants d'amour dans un pays en conflit
Pochette du disque Ethiopie Chants d'amour sorti en 1997 chez Maison des cultures du monde, © Maison des cultures du monde

L'Ethiopie traverse une grave crise, notamment dans la région du Tigré devenue inaccessible pour les aides humanitaires. Dans un disque de chants d’amour, édité par la Maison des cultures du monde, un des trois interprètes vient justement de cette région éthiopienne. Il s’appelle Wores Egziabher, il chante et joue du masenqo, instrument à cordes frottées. Dans cet album il est accompagné par deux artistes éthiopiens dont la musicienne Ejigayehu Shibabaw, dite Gigi. 

Cette chanteuse et instrumentiste autodidacte fuit son pays à l’âge de 17 ans pour des raisons familiales puisqu’elle décide à ce moment-là de se concentrer entièrement à la musique, ce qui déplaît à ses parents. La jeune Gigi va donc au Keyna, elle fonde un groupe de musique là-bas, puis habite à San Francisco avant de retourner dans son pays natal, l’Ethiopie, où elle fait la rencontre de Fantahun Shewankochew. C’est la troisième personne qui figure dans ce disque de chants d’amour, à la fois en tant que chanteur mais aussi en tant que compositeur et joueur de krar. 

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Le krar ressemble à une lyre. instrument idéal pour chanter l'amour comme dans le titre Kiraren Bikagnew où un homme, séparé de celle qu’il aime, prend conscience de la vacuité de sa vie. Il s’adresse à son krar et le supplie de le conduire vers elle. Si l'on parle de voix, d’Ethiopie, d’amour, et de krar, impossible de faire l'impasse sur Mary Armede.  

La double vie de Mary Armede

C’est une chanteuse éthiopienne dont on sait peu de choses... On retient de ses rares enregistrements une voix grave, presque rauque, et on l’entend aussi jouer de son krar à 8 cordes, rareté dans la tradition musicale éthiopienne (les krars ont plutôt 6 cordes). Mary Armede est en fait un sacré personnage comme le relate l'auteur Marci Di Nunzio dans son livre The Act of living: Street life, marginality, and development in urban ethiopia.  

Un extrait rapporte que Mary Armede était patronne d’une sorte de bordel. Nous sommes alors dans les années 1950/60, la chanteuse tient un dancehall, qu’on peut traduire par boîte de nuit mais à la sauce milieu du XXe siècle où viennent passer la nuit de jeunes danseuses et travailleuses du sexe. Dans le livre en question, l’auteur raconte qu’elle choisissait alors une fille avec qui passer la nuit. Son statut à la fois de musicienne et de propriétaire de ce lieu lui permet d’être indépendante financièrement. Elle est libre et elle le montre, notamment en étant une des premières éthiopiennes à porter la mini-jupe dans les rues d’Addis Abeba.. 

Mais ce qu’il faut retenir c’est plutôt sa musique, sa voix, son style très lyrique. Il existe peu d’enregistrements mais un titre qui parle d'amour a été édité dans l'album : Polyphonies vocales et instrumentales d’Ethiopie. 

Références discographiques : 

Pochette du disque Ethiopie : chants d'amour
Pochette du disque Ethiopie : chants d'amour, © Maison des cultures du monde
Pochette du disque Ethiopie : musiques vocales et instrumentales
Pochette du disque Ethiopie : musiques vocales et instrumentales, © Ocora
L'équipe de l'émission :