Samedi 11 avril 2020
5 min

Bessie Jones, la voix de la musique traditionnelle noire américaine

Pour accompagner cette période de confinement, laissons-nous bercer par la voix grave et chaleureuse de Bessie Jones, une des pionnières dans la redécouverte de la musique traditionnelle noire américaine.

Bessie Jones, la voix de la musique traditionnelle noire américaine
Bessie Jones dans les années 60, © Getty / Michael Ochs Archives

En cette période de confinement, il y a une chose qui apaise, c’est la musique bien sûr, mais aussi la voix, la voix chantée… Dans cette chronique, partons à la rencontre d'une voix qui vient de Georgie, sur la côte est des Etats-Unis.

Cette voix c’est celle de Mary Elizabeth Jones dite Bessie Jones. Un nom méconnu, pourtant à la fin des années 90, cette voix, et cette chanson en particulier, Sometimes, ont été popularisées grâce à un tube de l’artiste américain Moby. 

Bessie Jones ne le saura jamais puisqu’elle est morte une vingtaine d’années plus tôt à l’âge de 82 ans. Sa vie débute donc au tout début du XXe siècle, en Georgie et en musique. Ses parents, mais aussi ses grands-parents, chantent et jouent de différents instruments. Il y a surtout ce grand-père, ancien esclave, qui lui fredonne les airs qu’il chantait en plein labeur. Bessie Jones s’en souviendra longtemps et aura à cœur de transmettre cet héritage entre chants d’esclaves et gospel. 

A 10 ans, la jeune Bessie quitte l’école et devient nurse. Deux ans plus tard, elle accouche d’une petite Rosalie. A 12 ans, Bessie Jones est donc nounou, mère et mariée. Mais elle va vite quitter ce petit monde, et part travailler en Floride où elle enchaîne les petits boulots, rencontre un deuxième mari avec qui elle aura deux enfants. Et puis elle fera une autre rencontre décisive, un peu plus au nord, sur l’île de Saint-Simon, avec un ensemble vocal du coin. 

En 1935, un jeune ethnomusicologue débarque sur cette île.. Il s’appelle Alan Lomax et deviendra un immense nom de l’ethnomusicologie laissant derrière lui des archives d’une richesse incroyable accessibles en ligne.

Dans mon cœur, je l’appelle la Mère Courage des traditions noire américaines.

Donc Alan Lomax fait quelques enregistrements et revient 20 ans plus tard à Saint-Simon. C’est là qu’il croise la route de Bessie Jones.. Il dit alors d’elle : “Elle s’enflammait pour enseigner à l’Amérique. Dans mon cœur, je l’appelle la Mère Courage des traditions noire américaines”. 

En effet, à partir des années 60, Bessie Jones devient une passeuse. D’abord elle part à New York retrouver ce fameux Alan Lomax et lui demande qu’il enregistre sa voix, sa vie et ses chansons. Elle fait aussi des mini tournées dans les écoles américaines pour apprendre aux enfants tout ce que ses propres grands parents lui ont transmis, et enfin elle part en tournée avec un ensemble fondé en 63 : The Georgia Sea Island Singers. 

Bessie Jones va sortir plusieurs disques, mais souvent, les enregistrements bruts faits par Alan Lomax sont bien plus précieux, et révèlent une voix d’une intensité et d’une profondeur qui ne peut que faire du bien en ce moment… 

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