Samedi 7 décembre 2019
5 min

Musique en Haïti et culte vaudou

Haïti traverse une grave crise qui a notamment empêché la tenue de la 3e édition du festival international de piano, organisé par Célimène Daudet. Pour se consoler, partons à la découverte des musiques traditionnelles du pays, presque toutes inspirées par le culte vaudou.

Musique en Haïti et culte vaudou
Un piano dans les décombres, après le tremblement de terre de 2010 à Haïti , © Getty / Ken Cedeno

Du 3 au 14 décembre devait se tenir la 3e édition du festival international de piano d’Haïti, une manifestation reportée à cause de la situation sur place car le pays traverse une grave crise… En quelques chiffres : plus d’une personne sur trois souffre d'insécurité alimentaire, 60% de la population survit avec moins de 2 dollars par jour, 2 millions d’enfants ne sont pas scolarisés depuis la rentrée… 

Laissons de côté les raisons de cette crise pour découvrir la musique de ce pays, et sa grande richesse.  Impossible de faire l’impasse sur le culte vaudou quand on parle de musique en Haïti. Les deux vivent ensemble : la musique traditionnelle n’est pas segmentée entre le folklore paysan d’un côté et les cultes et cérémonies vaudoues de l’autre. 

Invocation des esprits

Dans la tradition du milieu paysan haïtien, il existe un ou une Simidor, c’est celui, ou celle, qui dans chaque village a pour rôle de conserver les chansons traditionnelles, il ou elle peut aussi en composer, et il veille à la bonne tenue des contes chantés… Un héritage récupéré par une chorale, le chœur Simidor, actif dans les années 50. 

Dans le chant traditionnel intitulé Damballah, et interprété par ce choeur, on retrouve une invocation de l’esprit de la fécondité, de la bonté, de la sagesse dans le culte vaudou. Un esprit représenté par un serpent. 

Dans la culture vaudoue en Haïti, des esprits, il en existe des centaines, on les appelle aussi les Loas, ou les “mystères” ou encore les “invisibles”. Le culte vaudou haïtien serait impossible à résumer en quelques minutes, il y a beaucoup de vocabulaire, de complexités par rapport à tout ce qui existe et fait vivre cette religion. Rapidement, ces loas sont regroupés dans des nations ou nanchons qui chacune a ses propres rituels. 

Pour très grossièrement résumer : pendant une cérémonie, si l’on souhaite invoquer tel ou tel esprit, il faut suivre la pratique correspondant à sa nation…

La figure du Baron Samedi en musique

Par exemple, pour invoquer le Baron Samedi de la nation des Guédés qui représentent le cycle de vie et de mort, il faut jouer un rythme appelé Banda. Le Baron Samedi une figure assez connue, qui porte un haut de forme, des lunettes aux verres brisés, un manteau noir, et est souvent représenté avec des cotons dans les narines… Lors d’une cérémonie vodou, il est quasiment toujours invoqué à la fin… Le rythme et la danse doivent alors correspondre à ce qui s’applique à la famille des Guédés, et cela change évidemment pour chacune des nations. 

Ces cérémonies ont été bannies par les colons car jugées diabolique et obscènes. Mais à l’inverse, le culte vaudou a aussi permis de rassembler, unifier et de mener la révolution haïtienne, première révolte d’esclaves qui a abouti, déclenchée par une cérémonie vaudoue. Nous sommes le 14 août 1791, à Bois-Caïman, les esclaves se rassemblent et signent un pacte de sang pour acter le soulèvement. 

La révolution ne sera pas sans violence : les plantations sont quasiment toutes incendiées et de nombreux blancs sont tués. Mais après des années de révoltes, Haïti devient la 1ère république noire libre du monde en 1804. 

L'équipe de l'émission :