Samedi 4 janvier 2020
5 min

Deux grandes voix du Liban

Hommage à deux grandes voix du Liban : Fairuz et Sabah, deux personnalités que tout oppose mais qui ont su, chacune à leur manière, conquérir le cœur des Libanais et Libanaises.

Deux grandes voix du Liban
La chanteuse libanaise Fairuz en 1975 à Paris, © Getty / Francois LOCHON

Avec l’actualité du moment : la fuite de Carlos Ghosn, ex patron de Renault-Nissan… A partir du moment où une des hypothèses avancaient l’idée qu’il aurait été transporté jusqu’à l’aéroport dans un étui de contrebasse, il fallait en parler sur France Musique. Alors non, on ne va pas parler culture nippone, voiture ou film d'espionnage, mais on va partir au Liban, pays dans lequel il devrait être en ce moment. Ce matin, hommage à deux femmes, deux chanteuses, deux voix libanaises.

La première, c'est Fairuz, chanteuse libanaise toujours en vie, elle a 85 ans et une immense carrière derrière elle, débutée dans les années 50… Ou plus précisément en 1947 quand le directeur de la chorale de Radio-Beyrouth décide de lui donner ce surnom, Fairuz, qui veut dire turquoise en arabe. Fairuz chante l’amour de son pays et devient, pendant la guerre, un symbole grâce… à son silence. 

Pendant 19 ans, elle arrête de chanter tout en restant dans le pays ravagé par ce long conflit. Mais Fairuz refuse de se produire sur scène pour ne pas être affiliée à un camp ou à un autre. Elle devient alors celle qui unifie, celle qui représente un pays qui malgré ses différences et ses différents, peut se rassembler autour d’une voix, celle que l’on entend alors à la radio, partout, la voix de Fairuz.

Dans un article de l’Express, publié en 95, le journaliste Jacques Girardon raconte : “Le 17 septembre 1995, Fayrouz remonte sur scène au Liban. A Beyrouth. Au coeur de ce qui fut le centre-ville de cette cité unique, carrefour de l'Est et de l'Ouest, du Nord et du Sud, de l'islam et de la chrétienté, six fois détruite et six fois reconstruite au cours des siècles. Lors de ce concert monstre, 50 000 personnes de toute confession ont communié, émues, dans un même désir de paix et une semblable nostalgie du Liban d'avant la guerre.”

L’autre voix à l'honneur est sûrement tout aussi belle, mais la vie de celle à qui elle appartient n’a absolument rien à voir avec celle de Fairouz… Cette voix, c’est celle de Sabah.

Les deux femmes ont bien sûr des points communs : toutes les deux sont nées au Liban, à seulement 7 années d’écart, toutes les deux ont chantés des musiques et des textes imaginés par les frères Rahbani, toutes les deux ont été adulées dans leur pays et dans le monde. 

Mais Sabah, contrairement à Fairouz, était dotée d’une personnalité beaucoup plus libérée, explosive, presque provocante. Elle est notamment connue pour sa vie sentimentale agitée. Sabah a été mariée 9 fois… Dans le journal l’Orient le jour, elle déclarait :  "La plupart de mes mariages ont duré 5 ans. Au bout de la cinquième année, je deviens folle ! Ces hommes ont tous voulu gérer ma vie et ma carrière. En contrepartie, ils ne m'offraient rien". 

La liberté, c’est sûrement ce qui a guidé cette chanteuse et actrice, et lui a probablement permis d’enregistrer plus de 3500 chansons… La chanteuse est morte en 2014, mais jusqu’au bout, elle s’est montrée, à la télévision, sur scène, dans les médias. Le visage transformé par la chirurgie esthétique, à son bras, des hommes beaucoup plus jeunes qu’elle. Et elle a beaucoup été critiquée pour cela : il fallait qu’elle se retire tranquillement. On accepte de voir des hommes plus âgés conquérir des jeunes filles, mais jamais l’inverse. 

Sabah a montré qu’elle faisait ce qu’elle voulait de sa vie. La sociologue Dalal al-Bizri a publié un texte, avant la mort de la chanteuse, où elle écrit : “Avec sa manière incomparable de tenir à la vie, Sabah donne l’impression que son seul désir est de nous rendre heureux en étant toujours là, et particulièrement à cet âge-là.” 

Que vous ayez une vie sulfureuse ou rangée, que vous chantiez ou que vous vous taisiez, que vous soyez fidèle ou volatile, vous pouvez devenir l’icône d’un pays, et c’est peut-être ça la morale de cette chronique ‘croyez en vos rêves’. 

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