Samedi 1 février 2020
5 min

La musique des Yanomami, plus grande tribu amérindienne

La Fondation Cartier expose l'oeuvre de la photographe Claudia Andujar qui a travaillé pendant 20 ans auprès des Yanomami, communauté amérindienne du Brésil (et du Venezuela). Son travail et son militantisme ont permis d'éviter la disparition de ce peuple qui vit au cœur de la forêt amazonienne.

La musique des Yanomami, plus grande tribu amérindienne
Les Yanomami en danger ?, © Claudia Andujar

Au coeur de la forêt amazonienne vit la plus grande tribu amérindienne qui existe au monde, les Yanomami. Au Brésil, ils seraient environ 27 000, et certaines communautés vivent encore aujourd’hui en totale autonomie dans la nature, sans contact avec l’extérieur. 

D'autres ont accepté le contact avec les non-autochtones, ce qui a permis à la photographe Claudia Andujar d'immortaliser ce peuple.  Son travail est exposé, depuis le jeudi 30 janvier, à la Fondation Cartier à Paris. L’exposition intitulée La Lutte Yanomami est la plus grande jamais réalisée sur l’oeuvre de Claudia Andujar… Une oeuvre puissante puisque c’est une des rares fois où l’anthropologie rencontre l’art. 

Le regard qu’elle porte sur les personnes qu’elle photographie est bienveillant, c’est un regard qui ne cherche pas à attiser la curiosité, à montrer l’exotisme ou la différence, c’est un regard qui veut montrer la beauté et la dignité de ces communautés amérindiennes… 

Portraits d'Amérindiens
Portraits d'Amérindiens , © Claudia Andujar

Claudia Andujar débute ses travaux en 1971, une époque où les tribus sont encore relativement épargnées…. Mais tout se gâte dans les années 80. Déjà, il y a la construction de la route transamazonienne qui provoque des déforestations or les Yanomami vivent grâce à la forêt. Ensuite, leurs territoires sont envahis par des chercheurs d’or, pour la plupart illégaux. 

Cette invasion provoque des épidémies, des meurtres, des destructions, des pollutions mortelles... Bilan : en 7 ans, 20% de la population Yanomami est éradiquée. Un bilan qui aurait pu encore s’alourdir par un projet gouvernemental de réseau routier. Mais grâce à l’intervention et le combat de plusieurs militants et militantes comme la photographe Claudia Andujar, le projet est abandonné et les Yanomami sauvés. 

Portrait de la photographe Claudia Andujar
Portrait de la photographe Claudia Andujar, © Victor Moriyama

En créant une zone de protection de leur territoire, en les protégeant, ce sont des humains mais aussi une culture qui ont été sauvegardés. Une culture architecturale : les Yanomami vivent dans des immenses maisons collectives, appelées yano ou shabono. Des espaces qui peuvent accueillir jusqu’à 400 personnes, avec un grand espace à ciel ouvert au centre pour les cérémonies.

Cette culture préservée c’est aussi le chamanisme, entièrement lié à la musique et à la danse. Chez les Yanomami, le chaman, pour communiquer avec les esprits et guérir, ingurgite une plante aux effets hallucinatoires puissants. Cette poudre d’epena provoque crachements, vomissements, sifflements, cris que l’on peut entendre dans cet enregistrement de 78. 

L'exposition à la Fondation Cartier est la plus grande jamais consacrée à cette photographe
L'exposition à la Fondation Cartier est la plus grande jamais consacrée à cette photographe, © Claudia Andujar

Et chez les Yanomami, l’adage après l’effort, le réconfort s’applique à la perfection puisqu’à l’issue de cette transe collective parfois assez virulente, tout le monde se fait des massages. 

Je suis liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première. Tout me semble essentiel. 

Ce sont les mots de Claudia Andujar, 88 ans aujourd’hui. Et parler de lutte reste très actuel puisque depuis l’élection de Jair Bolsonaro à la tête du Brésil, la déforestation a augmenté de 85% par rapport à l’année précédente, détruisant les territoires dont ont besoin les Yanomami pour vivre. 

Pire encore, le combat mené pour arriver, en 92, à délimiter un territoire protégé pour ces communautés est désormais vain puisque le gouvernement brésilien a supprimé cette protection en 2018 laissant la voie libre à des projets comme l’exploration minière, ce qui pourrait signer la fin de l’autonomie, de la vie en pleine forêt ou la fin tout court pour les Yanomami. 

Dans les années 80, la population Yanomami a été éradiquée de 20%
Dans les années 80, la population Yanomami a été éradiquée de 20%, © Claudia Andujar
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